Ne pas se limiter à la pop-culture japonaise
— Quels sont les cours les plus populaires parmi les étudiants ?
KARAM Le cours de traduction est très populaire. Par exemple, le cours de traduction du scénario de Mon voisin Totoro connaît un grand succès. Et également le cours de conversation. Car les Égyptiens sont bavards. Mais il y a un problème dans ce cours : les étudiants ont tendance à utiliser telle quelle la structure des phrases qu’ils ont appris par cœur. Du fait que les Arabes ont l’habitude d’apprendre le Coran par cœur, ils ont développé une très bonne mémoire. Leur tendance est de tout apprendre par cœur. Cependant, le japonais du manuel scolaire n’est pas nécessairement celui de la conversation réelle, les opportunités de prononcer une phrase telle qu’on l’a apprise est plutôt rare.
— Comment trouvez-vous les étudiants actuels ?
KARAM Ils sont très sérieux et travailleurs. En quatre ans d’étude, ils maîtrisent la lecture de La danseuse d’Izu de Kawabata Yasunari (1899-1972). Les cours sont notés sur 20, et en fin d’année, les notes finales obtenues à chaque cours sont affichées. Les cinq étudiants arrivés en tête bénéficient d’un programme d’échange avec une institution scolaire à l’étranger pour un an, grâce à une subvention de la JASSO (Organisation japonaise pour le soutien des étudiants) et de la Nippon Foundation. Ce programme d’échange est une importante motivation et tout le monde étudie avec acharnement. Le troisième cycle a été fondé en 1994, actuellement nous avons quatre étudiants en master et deux en cours de doctorat. Une grande majorité de nos étudiants sont des femmes.
— Qu’est-ce qui est le plus important pour étudier le japonais ?
KARAM C’est d’abord d'apprendre la langue arabe comme il faut. Cela vaut bien sûr pour d’autres domaines que les études de japonais. Il est difficile d’apprendre une langue étrangère si on ne maîtrise pas d’abord sa langue maternelle.
Récemment, les études d’anglais connaissent un grand succès en Égypte aussi, car c’est un fait que l’anglais est devenu une nécessité absolue pour trouver un emploi. Une conséquence négative est que l’étude de la langue arabe est souvent négligée. Ceci dit, le Coran fait tellement partie de la base de la culture pour les Égyptiens qu’il n’y a pas vraiment de risque que l’anglais devienne leur langue principale, mais je souhaiterais que les étudiants prennent plus garde à leur langue maternelle.
— Quel problème demeure pour le domaine des études japonaises ?
KARAM La tendance étant de rechercher l’utilitaire dans les études, de moins en moins de jeunes étudient la japonologie comme un véritable sujet académique en soi. Nous avons par exemple peu d’inscrits en histoire japonaise ou en littérature.
La culture japonaise ne se résume pas à la culture pop. Tout repose sur un fond de culture traditionnelle, mais cela est difficile à transmettre. Notre principale question aujourd’hui est de réfléchir au moyen de transmettre aux étudiants l’intérêt pour l’esprit de la culture japonaise.
D’ailleurs, le salaire d’enseignant de faculté est très bas, ce n’est pas un métier très attirant d’un point de vue économique. Par conséquent, la plupart des étudiants préfèrent acquérir la profession de guide touristique grâce auquel ils peuvent espérer de bons revenus. Très peu de gens désirent devenir professeur de japonais.
Bien que nous ayons formé de façon constante des enseignants de qualité, qui s’attellent avec réussite à la traduction de la littérature japonaise contemporaine, nous manquons encore de personnes compétentes dans toute l’Égypte.
