Le département de langue et littérature japonaise de l’Université du Caire est un centre universitaire important qui a vu naître de nombreux et éminents japonologues. Nous avons rencontré le directeur de ce département et l’avons interrogé sur la situation de l’éducation de la langue japonaise dans les nations arabes.
Le département de langue et littérature japonaise de l’Université du Caire a reçu en 2011, le Prix de la Japan Foundation, accordé à une personne ou organisation qui a contribué au développement des relations entre le Japon et les pays étrangers. Fondé en 1974, ce département est une base importante pour l’enseignement de la langue japonaise et de la japonologie dans les nations arabes. Un grand nombre d’ouvrages traitant du Japon ainsi que de livres traduits du japonais sont édités par d’anciens élèves de ce département, contribuant ainsi à l’approfondissement de la compréhension du Japon dans les pays arabes et l’Afrique.
Nous avons interviewé le professeur Karam Khalil, directeur de ce département lors de sa venue au Japon pour la remise du prix, sur la situation actuelle de l’enseignement de la langue japonaise dans cette région.
Un intérêt accru pour la langue japonaise
— Comment se portent les études de japonais à l’Université du Caire ?
KARAM KHALIL Dans les années récentes, le nombre d’étudiants a augmenté rapidement. Cette année (2011), nous avons eu 140 demandes d’inscriptions pour vingt places seulement. Certaines années, le département a même dépassé celui d’anglais, jusqu’alors le plus populaire.
J’en ai moi-même été le premier étonné. J’appartiens à la troisième génération des diplômés de ce département, et à mon époque, personne n’aurait imaginé un tel succès. Au contraire, nous manquions d’étudiants et certains étaient presque forcés de s’inscrire chez nous (rires) !
— Quel bouleversement en effet ! Qu’est-ce qui attire les étudiants vers les études japonaises ?
KARAM Je suis moi-même entré à l’université en 1976. Mais depuis, la motivation des étudiants vers le japonais a beaucoup changé. Dans les années 70, à l’époque du Japon en haute croissance économique, la plupart étudiaient le japonais « pour comprendre les raisons du développement économique du Japon ». C’était un motif très sérieux.
Au début des années 80, la série de la NHK Oshin a commencé à être diffusée à la télévision, d’abord en Égypte, puis dans plusieurs autres pays arabes. Le Japon a brusquement suscité un grand intérêt. Je pense que c’est à ce moment-là que s’est développé un sentiment de sympathie pour le Japon, qui a développé le désir d’en apprendre la langue.
Puis, dans les années 90 sont arrivés les dessins animés et les mangas. Captain Tsubasa en particulier a connu immense succès.
Dans l’édition en langue arabe, le nom du héros a été traduit en « Captain Majid » c’est à dire qu’on lui a donné un nom arabe. Mais de nombreux étudiants ont préféré lire l’original en japonais, ils étaient fascinés par le charme de la culture de l’animation japonaise et des manga.
Au XXIe siècle, les dessins animés comme Kiki la petite sorcière ou Mon voisin Totoro de Miyazaki Hayao ont connu de grands succès. Ces temps-ci, les séries télé pour jeunes adultes sont très populaires sur Internet ou sur les chaînes par satellite.
— Autrement dit, un grand nombre de gens étudient le japonais par intérêt pour la « pop-culture » japonaise, n’est-ce pas ?
KARAM Depuis ces dernières années, le nombre d’étudiants en japonais qui visent à devenir guides touristiques est en augmentation. Parce que maîtriser le japonais est un avantage pour obtenir la qualification de guide et trouver un emploi dans une agence de tourisme. De nombreux étudiants apprennent sérieusement le japonais, leur volonté s’est accrue par rapport à avant.

