Le kabuki : un art dramatique à part entière

Au cours de l’histoire du kabuki, la façon de jouer des acteurs a considérablement évolué. Pendant l’ère Meiji (1868-1912), Ichikawa Danjûrô IX (1838-1903) a modernisé le kabuki en intégrant des éléments réalistes dans cette forme de théâtre traditionnelle. Matsumoto Kôshirô VII (1870-1949), Nakamura Kichiemon I (1886–1954), and Onoe Kikugorô (1885–1949) ont contribué à œuvrer dans ce sens en mettant l’accent sur la psychologie des personnages qu’ils interprétaient. Matsumoto Kôshirô IX a continué sur leur lancée en faisant du kabuki une forme d’art dramatique adaptée au public actuel.

« Dans les pièces où l’intrigue est particulièrement dramatique, comme Shunkan (Le Moine Shunkan) et Terakoya (L’École du temple)(*1), je m’efforce d’exprimer les sentiments des personnages. Mais les méthodes employées doivent toutes venir du kabuki. » Matsumoto Kôshirô IX insiste fortement sur ce point.

« Transposé dans le domaine pictural, L'Homme de la Mancha serait une peinture à l’huile et le kabuki une peinture traditionnelle japonaise (nihonga). La technique et les matériaux utilisés sont complètement différents. Ces deux formes de théâtre ont aussi peu de points communs qu’un match de baseball dans le Yankee Stadium de New York et un tournoi de sumô au Kokugikan de Tokyo. Quand je joue dans une pièce de kabuki, je ne suis pas influencé par le théâtre contemporain. De même, je n’utilise jamais de techniques du kabuki quand j’interprète une œuvre contemporaine.

Faire découvrir le kabuki au monde entier

Depuis son inauguration en grande pompe, le nouveau Kabukiza de Tokyo a attiré beaucoup d’étrangers. Comment faut-il procéder pour faire découvrir cette forme de théâtre au monde entier ?

« Le kabuki a été inscrit sur la Liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO en 2008, au même titre que d’autres formes de théâtre japonais come le nô, le kyôgen et le théâtre de marionnettes (bunraku) », répond Matsumoto Kôshirô IX. « Ce sont des formes théâtrales difficiles à promouvoir en dehors du Japon à cause de la barrière de la langue et des différences d’ordre culturel.

Mais quand un spectacle est vraiment bon, il peut très bien être accepté comme quelque chose de nouveau, même s’il a des origines très anciennes. De ce point de vue, je crois que le kabuki peut attirer des spectateurs non-japonais tel qu’il est. Le meilleur moyen pour le faire connaître, c’est que des gens du monde entier viennent assister à des spectacles au Kabukiza, le haut lieu du kabuki.

À mon avis, pour que le kabuki trouve une audience internationale, il faut qu’il se présente sous la forme de pièces mettant en scène des drames humains où chacun se reconnaisse. Il ne doit pas se limiter à un art de la scène traditionnel, étrange et exotique. »

(D’après une interview réalisée le 26 juin 2013 par Nakamura Masako, journaliste à Jiji Press. Avec l’aimable autorisation du bureau de Matsumoto Kôshirô IX pour les photographies.)

(*1) ^ Shunkan raconte l’histoire particulièrement tragique d’un moine bouddhiste exilé en 1177 dans une île de la baie de Kagoshima pour avoir tenté de chasser Kiyomori (1118-1181), le chef du clan des Taira (Heike) de Kyoto. Terakoya relate un épisode de la vie de Sugawara no Michizane (845-903), un des plus grands lettrés de l’époque de Heian (794-1185), au cours duquel un certain Matsuômaru sacrifie son fils unique pour sauver le fils de Michizane.