L’ubiquité des kami

——Cette conception de la vie est-elle universelle ? Pensez-vous que d’autres pays puissent embrasser le shintô ?

F.W.   Je pense qu’il est impossible d’« internationaliser » le monde de façon à ce que tous les hommes pensent et agissent pareillement. Chaque endroit du monde a des paysages et une culture qui lui appartiennent en propre, et cela a un impact profond sur le comportement des êtres humains. Les gens développent naturellement une culture qui correspond au mieux à l’environnement dans lequel ils vivent. Et quand le paysage change, les façons de penser des gens changent elles aussi.

Le plus important, c’est de reconnaître les différences et d’accepter la diversité des points de vue. Il n’est pas question de rejeter vos propres valeurs et de les remplacer par celles de quelqu’un d’autre, mais tout simplement de reconnaître le fait que les autres peuvent penser différemment. C’est tout ce que vous avez à faire. Il ne s’agit ni de nier ni d’imiter les croyances des autres.

Le shintô rend cela très facile à comprendre. On dit que le nombre des kami auxquels le shintô rend un culte est de yaoyorozu, soit huit millions si l’on traduit littéralement. Autrement dit, les esprits divins sont partout et il n’y a pas de réponse ou de vérité unique. Il existe un nombre incalculable d’approches.

Dans le même ordre d’idées, ce serait une erreur que d’imposer une langue unique, disons l’anglais, à tous les pays du monde au nom de l’internationalisation. Nous perdrions alors la beauté de la langue japonaise. Il y a d’innombrables aspects de la culture japonaise qu’on ne trouve qu’ici et qui devraient être une source de fierté.

Le sanctuaire Nobeno Inari

——Quel message souhaiteriez-vous faire passer aux Japonais depuis la perspective unique qui est la vôtre en tant qu’étranger immergé dans un milieu typiquement japonais ?

F.W.   Plus le temps passe depuis que je me suis engagé dans cette activité, plus se renforce mon espoir que le Japon conservera ses qualités innées. J’encourage les Japonais à éprouver le même sentiment. Le Japon a tant de charmes, et je veux qu’ici les gens les reconnaissent et en tirent fierté. Il est très important de garder un esprit intérieur positif. On pourrait dire que c’est ma mission ou ma vocation que de contribuer au maintien de cet esprit.

(Photos : Kawamoto Seiya)