Un genre qui a envahi les médias
Les morts vivants, loin de se contenter du cinéma et des mangas, ont aussi envahi d’autres médias, notamment par le biais de la fameuse vidéo de Thriller, le tube planétaire de Michael Jackson. Le parc à thème des studios Universal (USJ) d’Osaka, dont il a été question plus haut, sert de cadre à une manifestation de cosplay où des milliers de participants costumés recréent la célèbre chorégraphie interprétée à l’origine par l’idole de la musique pop américaine. La vedette J-Pop japonaise Kyary Pamyu Pamyu s’est elle aussi inspirée de Thriller pour sa chanson sur le thème d’Halloween Crazy Party Night – Pumpkin no gyakushû (Fête nocturne en délire – la contre-attaque des citrouilles). Le théâtre kabuki lui-même n’a pas échappé à la contamination par les zombies. Son répertoire s’est en effet enrichi récemment d’une pièce intitulée Ô-Edo Living Dead (Les morts vivants du grand Edo).
Entre les années 1930 et les années 2000, le succès des films de zombies n’a pas cessé de se confirmer. La légère baisse qu’il a accusée dans les années 1990 a été suivie par une reprise fulgurante qui ne s’est jamais démentie jusqu’à aujourd’hui. Une des raisons de cette progression spectaculaire est la mise sur le marché de la série de jeux vidéo Biohazard (Resident Evil) par Capcom en 1996. D’après le site Internet de cette firme japonaise, trois des cinq jeux vidéo qu’elle a vendus à plus d’un million d’exemplaires font partie de cette série. Zombie, le crépuscule des morts vivants a eu une telle influence au Japon que Capcom a demandé à George A. Romero, son réalisateur, de faire la bande annonce pour la télévision de Biohazard 2 (Resident Evil 2), le deuxième épisode de la série, édité en 1998.
Outre les jeux vidéo, Resident Evil a fait l’objet à partir de 2002 de plusieurs adaptations cinématographiques en Europe et aux États-Unis qui ont eu un énorme succès. Son dernier volet, intitulé Resident Evil : le chapitre final, est sorti au Japon en 2017. Bien que les films de zombies soient en principe rarement diffusés sur les bandes de fréquences de la télévision terrestre de l’Archipel, la série Resident Evil y a fait l’objet de nombreuses programmations qui ont attiré de nombreux spectateurs.
À peu près à la même époque, le genre du film de morts vivants a connu une nouvelle jeunesse avec l’apparition des « zombies en train de courir » de 28 Days Later (28 jours plus tard) du réalisateur britannique Danny Boyle (né en 1956) et du remake de Zombie, le crépuscule des morts vivants, tourné en 2004 par Zack Snyder (né en 1966). Les zombies étant par essence des créatures qui se déplacent lentement, les réalisateurs avaient jusque-là eu du mal à se faire à l’idée qu’ils pouvaient figurer dans des scènes d’action mouvementées.
Mais il y a sans doute eu une autre raison pour que les morts vivants se mettent soudain à courir et que les cinéastes et les spectateurs acceptent aussi facilement un tel changement. Pour me faire comprendre, je vais me placer dans la perspective du contexte social de ces dernières années.

