Un bon accueil des populations locales

D’autres personnages de premier plan lui ont aussi fourni une aide précieuse, notamment des missionnaires et d’autres étrangers résidant dans les ports des traités, dont Heinrich von Siebold, le second fils du célèbre naturaliste et médecin Philipp Franz von Siebold. Mais aussi Basil Hall Chamberlain, le fameux japonologue, James Curtis Hepburn, l’inventeur d’un procédé bien connu de translittération de la langue japonaise, Ernest Satow et d’autres diplomates occidentaux et, du côté japonais, des personnalités du ministère des Affaires étrangères, du ministère de l’Intérieur et du Comité de développement de Hokkaidô, chargé du développement des territoires récemment incorporés des îles du nord. Toute cette assistance lui a été accessible grâce aux bons offices de Harry Parkes. Celle du côté japonais provenait aussi de fonctionnaires locaux, ainsi que de médecins, de professeurs, d’aubergistes et d’enfants. Pour cette visiteuse exotique, les populations locales n’ont pas hésité à mettre en scène, au plus fort de l’été, des séances spéciales de jeux et de spectacles d’hiver, ainsi que des cérémonies funéraires et nuptiales.

L’un des grands objectifs poursuivis par Isabella Bird à travers ses voyages était de comprendre la culture et la société aïnoues, et de compiler le fruit de ses recherches dans un document écrit. À cet égard, et là aussi grâce à l’assistance de Parkes, l’aide que lui apportèrent le leader Penriuku et bien d’autres Aïnous de Biratori lui a été précieuse. Partout où l’ont menée ses pérégrinations dans le nord du pays, les membres de la population locale, fascinés par Isabella Bird, rivalisaient d’efforts pour avoir un aperçu de sa personne, allant jusqu’à percer de petits trous dans les cloisons en papier pour chercher à l’entrevoir. Itô, son guide et interprète, avait fait courir le bruit que sa patronne était d’une grande beauté.

Isabella Bird et ses voyages faisaient souvent la une de la presse locale, et tout le monde savait qu’elle en effectuait en vue d’étudier les coutumes locales. Loin d’être improvisé, son itinéraire était méticuleusement planifié à chaque étape conformément aux objectifs qu’elle s’était fixés. Par exemple, il lui arriva de partir de Nikkô ( préf. Tochigi) vers le nord jusqu’à Aizu (préf. Fukushima), puis de descendre le fleuve Agano de Tsugawa (préf. Niigata), jusqu’au à la ville de Niigata, sur le littoral de la mer du Japon. Le choix de cet itinéraire tenait à ce que le statut de Niigata, en tant que port des traités, avait incité des missionnaires chrétiens à venir s’y établir, et qu’elle savait qu’elle aurait l’opportunité d’observer leurs activités et de recueillir des informations sur la situation locale. L’exemplaire de la carte Brunton du Japon dont elle s’est servie au cours de ses voyages avait été spécialement préparé pour elle en conformité avec les instructions de Parkes.

Carte Brunton du Japon utilisée par Isabella Bird au cours de ses voyages. (Avec l’aimable autorisation de l’auteur)
Carte Brunton du Japon utilisée par Isabella Bird au cours de ses voyages. (Photo avec l’aimable autorisation de l’auteur)

Les activités missionnaires chez les Aïnous

Le principal point d’attache d’Isabella Bird au cours de ses voyages a été la légation britannique, où elle a passé un total de 50 jours. En dehors de Tokyo, cinq des huit endroits où elle a passé le plus de temps étaient des établissements liés au christianisme, par exemple des missions et l’École de jeunes filles Dôshisha. Mais son intérêt ne se limitait pas à la Church Missionary Society (Société de la mission ecclésiastique), et elle a également visité des antennes de l’American Board (Conseil américain, la première instance missionnaire nord-américaine) à Kyoto, Kobe et Osaka. (Elle était entrée en contact avec l’American Board avant son départ pour le Japon.)

L’importance qu’Isabella Bird attachait aux activités missionnaires trouve sa confirmation dans le passage de la conclusion du volume 2 de son livre où elle exprime son espoir de voir progresser l’acceptation de la foi chrétienne au Japon, et notamment à Hokkaidô. Sur la liste des endroits qu’elle a visités classés selon la durée de ses séjours, la colonie aïnoue de Biratori figure en septième position, à égalité avec Osaka. Elle est restée trois nuits et quatre jours chez le chef local Penriuku et a consacré beaucoup d’énergie à emmagasiner le plus d’informations possible sur tous les aspects de la vie et de la culture aïnoues. Elle a laissé un témoignage d’une remarquable richesse, étroitement lié aux efforts consentis par les missionnaires pour convertir les Aïnous au christianisme.

Portrait du « Aïnou d’Ezo» dont il est question dans Unbeaten Tracks in Japan. (Avec l’aimable autorisation de l’auteur)
Portrait des « Aïnous d’Ezo» dont il est question dans Unbeaten Tracks in Japan. (Photo avec l’aimable autorisation de l’auteur)

Les efforts qu’elle consacraient dans ses missions ne faisait nullement obstacle au vif intérêt que lui inspiraient tout ce qu’elle voyait et tous les gens qu’elle croisait sur son chemin. La vivacité de ses descriptions, alliée à la clarté et à la sincérité de la formulation de ses impressions et de ses pensées, font que son livre mérite d’être lu aujourd’hui comme hier. L’acuité de sa capacité d’observation, affûtée depuis l’enfance, lui a permis de faire le récit de son voyage instant après instant. Plus que toute autre chose, c’est cela qui fait d’elle un si remarquable écrivain voyageur.