Des distributeurs originaux pour survivre

Après avoir culminé à 5,6 millions d’unités en 2000, le nombre de distributeurs automatiques a baissé de manière constante. On en recensait 4,04 millions à la fin 2020. Les principaux facteurs de ce recul sont la forte diminution des distributeurs d’alcool et de cigarettes, ainsi que la montée en puissance des supérettes (konbini). De plus, après le Grand tremblement de terre de l’Est du Japon du 11 mars 2011, le gouverneur de Tokyo de l’époque, Ishihara Shintarô, a plombé l’industrie du jihanki en déclarant : « Nous pouvons vivre sans distributeurs automatiques, qui consomment beaucoup d’électricité ». Nomura se souvient amèrement de cet épisode : « Depuis longtemps, avant même le séisme, l’industrie des distributeurs automatiques faisait d’énormes efforts pour améliorer leur performance énergétique, j’étais donc furieux qu’il dise que les distributeurs gaspillaient de l’électricité. »

Suite à l’expérience douloureuse du séisme, les principaux fabricants de boissons se sont appliqués à mettre au point des distributeurs fonctionnant même en cas de catastrophe naturelle. En cas de panne de courant, une simple opération permet de fournir l’énergie nécessaire au distributeur pour qu’il puisse fournir gratuitement des boissons aux personnes dans les zones sinistrées. En parallèle, les distributeurs automatiques évoluent pour contribuer à la société, en distribuant une partie de leurs recettes à des associations ou en se dotant de système de vidéosurveillance pour améliorer la sécurité sur la voie publique.

Un exemple notable est le fabricant de boissons ITO EN, qui s’est associé au jeu Pokémon Go pour que ses distributeurs automatiques adaptés aux catastrophes naturelles se transforment en Pokéstops (lieux permettant d’obtenir des objets) ou des arènes (pour se mesurer à d’autres dresseurs de Pokémon). Cette campagne a permis de multiplier par quatre le nombre de ces distributeurs comparé à 2011. À partir du mois d’avril, des distributeurs décorés avec des Pokémon disponibles uniquement dans certaines régions ont également fait leur apparition.

Distributeur automatique de spécialités d'Hokkaido (ville de Kawaguchi dans la préfecture de Saitama).
Distributeur automatique de spécialités de l’île de Hokkaidô (ville de Kawaguchi dans la préfecture de Saitama).

Même si l’âge d’or des jihanki est passé, la communauté demeure très active en ligne et sur les réseaux sociaux, s’échangeant tous les jours des informations sur les derniers modèles installés dans tout le pays. Parmi les nombreux distributeurs existants, on trouve des modèles rares, qui proposent des produits surprenants : « faux-aliments » (habituellement présentés devant les restaurants), statues de Bouddha, insectes comestibles ou des drones.

« Vous pouvez même acheter des bagues de fiançailles, nous informe Nomura. C’est un distributeur d’une bijouterie du quartier de Sendagaya (Tokyo) dont le concept est de pouvoir faire sa proposition de mariage n’importe quand, 24 h / 24. » Depuis la pandémie sont aussi apparus des distributeurs proposant des masques spécialement conçus contre la chaleur ou des kits de test PCR.

Il existe aussi des distributeurs vendant des spécialités culinaires régionales, comme dans le terminal 2 de l’aéroport de Haneda, qui propose des spécialités de sept préfectures, tels que les calmars lucioles de Toyama. Mais on en trouve parfois dans des endroits inattendus, explique Nomura : « Il n’y a pas longtemps, je passais en voiture dans la ville de Kawaguchi et je suis tombé sur un distributeur de spécialités de Hokkaidô, qui proposait un large choix de produits : gelée de melon, camembert ou encore shiokara de noix de Saint-Jacques. »

Des innovations nées de la crise sanitaire

Les jihanki sont confrontés à de nouveaux défis depuis la pandémie de Covid-19. Dans les lieux touristiques, les gares ou les bureaux, les ventes de distributeurs automatiques sont en baisse, mais il y a aussi de nouveaux modèles qui émergent et qui mettent en avant les avantages des distributeurs automatiques : le sans contact et l’économie d’espace.

Pour les amateurs de nouilles, on peut trouver des distributeurs de râmen surgelés, proposant de savourer des recettes de restaurant populaires, dont certains listés dans le guide Michelin. Il y a également l’exemple d’un restaurant italien proposant sa vinaigrette originale ou d’un restaurant de hamburger populaire mettant à disposition des hamburgers réfrigérés, l’idée étant de permettre aux clients de pouvoir déguster chez eux leurs plats tout en évitant de venir manger sur place dans un contexte de crise sanitaire.

En décembre 2020, Farm Suzuki, une entreprise ostréicole de Hiroshima, a installé un distributeur de kaki furai (huîtres frites dans de la chapelure) à Toranomon Hills, à Tokyo. Comme les huîtres sont congelées, il est possible de les prendre à emporter ou de les manger sur place en les réchauffant au micro-ondes.

Nichirei, le géant des produits surgelés, expérimente en installant des distributeurs automatiques de bentô surgelés dans des bureaux, en collaboration avec NTT West. Il prévoit de vendre ce service aux entreprises qui ont fermé leur cantine en raison de l’augmentation du nombre d’employés en télétravail.

L’utilisation de l’intelligence artificielle progresse également. JR East Water Business teste depuis mai 2021 des distributeurs « IA et multifonctionnels » dans les gares de Shinjuku, Ueno, Tokyo, Shinagawa et Akihabara. Doté d’un écran tactile, le jihanki permet de faire une partie de pierre-feuille-ciseaux contre le personnage virtuel Sakura-san ou de jouer à un jeu d’omikuji. Selon le résultat, la machine recommande certaines boissons ou offre des bons de réduction.

Sakura-san, un personnage virtuel piloté par une intelligence artificielle d’un distributeur installé dans la gare d'Ueno, qui peut interagir en japonais, anglais, chinois et coréen. L'écran fonctionne sans contact (avec l'aimable autorisation de Water Business Company, de la JR East Cross Station).
Sakura-san, un personnage virtuel piloté par une intelligence artificielle d’un distributeur installé dans la gare d’Ueno, qui peut interagir en japonais, anglais, chinois et coréen. L’écran fonctionne sans contact (avec l’aimable autorisation de Water Business Company, de la JR East Cross Station).

« Je pense que les jihanki vont continuer d’évoluer et qu’il est possible que l’ère des distributeurs mobiles arrive bientôt, imagine Nomura. Par exemple, on pourrait avoir des modèles capables d’aller se réapprovisionner en stock de manière autonome et de retourner à leur point d’origine. Le jour où les jihanki se promèneront dans la rue n’est peut-être pas si loin que cela. »

(Texte et reportage par Itakura Kimie, de Nippon.com. Photo de titre : distributeurs automatiques Bon Curry Rice [à droite] et de spécialités de Hokkaidô [à gauche])