Zoom, YouTube et le crowdfunding au service de l’animation japonaise
Jamais à court d’idées, Itoso ne souhaite pas s’arrêter là. Il envisage d’utiliser les scènes où les acteurs de doublage enregistrent leurs parties pour en faire un matériel didactique pour celles et ceux qui souhaitent devenir acteurs de doublage.
« Prenez Doraemon, par exemple, un véritable succès commercial. Depuis les illustrations et les animations des personnages jusqu’aux images en couleur produites plus tard dans le processus, tout est protégé par des droits d’auteur. Si bien que même les écoles professionnelles et les universités ne peuvent pas utiliser Doraemon comme matériel pédagogique pour leurs étudiants en animation. Mais moi, je me suis arrangé pour que pour Santa Company, mon studio détienne la totalité des droits d’auteur, si bien que si je le voulais, demain, je pourrais même mettre sur Internet un disque dur avec toutes les données. »
Dans les faits, cela veut dire qu’il serait possible de créer des supports pour étudiants, pour qu’ils puissent s’entraîner, à la manière d’un karaoké. Au son des voix des meilleurs acteurs de doublage japonais, il leur suffirait de sélectionner la piste audio de leur choix. Itoso Kenji a, dit-il, déjà obtenu l’accord des acteurs de doublage de ses œuvres pour utiliser leurs scènes.
En tant que directeur du département d’art et de design de l’université Seikei d’Osaka, Itoso se rend plusieurs fois par an dans une école en partenariat avec Taïwan, où il donne des conférences et des conseils aux étudiants en animation. « La première fois que je me suis retrouvé devant une classe, j’ai été surpris de voir certains de mes étudiants sourire lorsque je parlais, avant même que l’interprète n’ait commencé à traduire ce que je disais. Alors je leur ai demandé s’ils comprenaient le japonais et environ la moitié d’entre eux m’ont répondu que oui. En fait, ils avaient appris le japonais en regardant des animes ».
Pour Itoso, les animes japonais ont eu à n’en pas douter un impact considérable à l’étranger. Et il espère que ce partage de connaissances ne s’arrêtera pas là.
« Aujourd’hui, les technologies utilisées dans l’animation japonaise sont parmi les meilleures au monde et il y a des fans d’animes japonais dans le monde entier. Quand je parle du travail effectué au sein d’un studio d’animation, le public est toujours très intéressé et m’écoute attentivement, et loin de moi l’envie de garder les secrets du monde de l’animation. Aujourd’hui, grâce à YouTube ou encore à Zoom, c’est facile de montrer les méthodes de travail des doubleurs japonais, et des personnes du monde entier peuvent se connecter en même temps pour participer à une réunion en ligne. Ensuite, lorsqu’ils regarderont des animes, les fans pourront se remémorer la façon dont les scènes se retrouvent dans la série ou le film d’animation une fois terminé. »
Et Itoso de poursuivre : « Si possible, j’aimerais travailler avec des personnes en dehors du Japon et pas seulement des créateurs mais aussi des fans. Grâce au crowdfunding, toutes celles et ceux qui ont apporté leur contribution seront heureux de voir leur nom apparaître dans le générique de fin du film parmi les noms des donateurs. Faire sentir aux gens que leur participation a été utile est aussi un excellent moyen de faire passer le message. Et c’est aussi de la publicité gratuite. »
Itoso Kenji ne veut pas seulement faire de Santa Company un succès au Japon, il entend également marquer les esprits au-delà des frontières de l’Archipel.
(Photo de titre : le réalisateur Itoso Kenji posant à côté de l’affiche de l’anime Santa Company. Photo de Nippon.com. Photo de l’affiche © Kenji Studio, 2019. Toutes les autres photos sont avec l’aimable autorisation d’Itoso Kenji, sauf mentions contraires)

