Un passionné de modélisme nommé Miyazaki Hayao
Le Vent se lève, qui devait être le dernier long métrage de Miyazaki, est basé sur un manga du même titre qui parut entre 2009 et 2010 dans Model Graphix, un mensuel pour fans de modélisme.
Depuis les années 1970, Miyazaki contribue comme illustrateur au mensuel de modélisme Hobby Japan. En 1981, il a écrit et illustré un essai sur ses connaissances en matière d’armes et d’avions, pour le bulletin d’information des fans de Movie Shinsha (aujourd’hui TMS Entertainment). Puis dès le premier numéro de Model Graphix (novembre 1984), il commence une série d’essais intitulés « Le cahier d’idées de Miyazaki Hayao » (Miyazaki Hayao no zassô note), qui se transformera en manga en cours de route. Il y parlait de sa passion pour les machines et les armes, mais aussi pour les personnels et les unités qui les utilisent.
Ces collaborations sont mises en sommeil l’année suivante, en 1985, quand le studio Ghibli est fondé et que commence la production du film Le Château dans le ciel (1986). Elles reprirent jusqu’en 1990, avec des interruption chaque fois qu’un nouveau film devenait prioritaire : Mon Voisin Totoro (1988), Kiki la petite sorcière (1989). De fait, le film Porco Rosso (1992) est basé sur une série manga publié dans les numéros 14 à 16 du Zassô note.
En 2009, après 10 ans d’interruption, la dernière série manga du Zassô note, est reprise. Ce manga deviendra à son tour le synopsis du film Le Vent se lève, qui raconte les échanges entre un ingénieur japonais bien réel, Horikoshi Jirô et Gianni Caproni, un ingénieur italien (fictif). Or, il se trouve que c’était Ôtsuka Yasuo qui avait suggéré à Miyazaki de collaborer avec le magazine de modélisme.
Conseiller sur le design de la locomotive pour Le vent se lève
De son côté, Ôtsuka lui-même tenait sa propre chronique sur les chars et véhicules militaires dans Hobby Japan depuis 1971. Il faut dire qu’il était l’un des connaisseurs les plus respectés dans le domaine des véhicules militaires au Japon, et était même conseiller chez Tamiya Model (aujourd’hui Tamiya), pour la planification et la conception de produits. C’est donc tout naturellement qu’il avait présenté Miyazaki, qui partageait les mêmes goûts pour le modélisme, à la rédaction de Hobby Japan.
Quant à Nausicaä de la vallée du vent, le film est basé sur un manga du même titre sérialisé par Miyazaki lui-même dans la mensuel Animage à partir de 1982. Il semblerait que là aussi, c’est Ôtsuka qui avait encouragé Miyazaki à développer cette sérialisation. À l’époque, l’éditeur responsable du magazine était Suzuki Toshio, aujourd’hui directeur et producteur principal du Studio Ghibli, pour lequel Ôtsuka Yasuo publiait également une chronique de souvenirs personnels.
En 2012, Miyazaki Hayao, alors sur la production du Vent se lève, demande un jour à Ôtsuka Yasuo de passer au Studio Ghibli. Pour quoi faire ? Pour lui demander conseil sur le design de la locomotive à vapeur qui a tant d’importance dans le film ! « Miya n’est pas très doué pour les locomotives ! Lui, c’est les avions et les chars ! », se souvient-il en riant.
C’est durant ses années de collège (pendant la guerre), que Ôtsuka avait développé cette passion pour les locomotives. Il se rendait au dépôt des locomotives, où il réalisait quantité de croquis les plus précis possibles. Il y a gagné également l’opportunité de discuter avec les techniciens et d’observer tout ce qui se passait, des manœuvres de conduite au détail des systèmes de transmission. Cela développa ses prédispositions, car l’animation consiste à décomposer le mouvement sur la base du fonctionnement de chaque élément. Si Ôtsuka Yasuo a ensuite formé de nombreux animateurs sur la base d’une technique logique, analytique et claire, c’est qu’il avait dès son jeune âge appris le fonctionnement des locomotives.
La locomotive Classe 9 600 dans laquelle Jirô s’embarque pour Nagoya dans le film était le modèle préféré d’Ôtsuka. Le jour où il présenta ses dessins à l’équipe des Studios Ghibli, il l’accompagna d’une véritable conférence sur cette locomotive mythique, c’était pour lui presque un retour aux sources.



