Comment vivre maintenant, ou l’ultime message de Miyazaki
Dans la scène finale du Vent se lève, le personnage principal, Horikoshi Jirô, est confronté à la réalité de la défaite du Japon et aux épaves des avions de chasse qu’il a créés. Sa femme meurt en lui ordonnant : « Vis ! Vis ! » Le maître de Jirô, Caproni, lui dit : « Tu dois vivre. Commence déjà par venir chez moi, j’ai du bon vin. »
Le dessin original du plan final du film, où l’on voit les deux personnages disparaître dans les hautes herbes, est de la plume de Futaki Makiko, qui est elle aussi décédée deux ans après la sortie du film.
Puis, en octobre 2016, c’est Yasuda Michiyo, coloriste. Elle connaissait Miyazaki depuis la Tôei où elle travaillait à l’époque. Elle avait pris sa retraite après Ponyo sur la falaise (2008), mais avait néanmoins accepté de mettre la dernière main à la colorisation du Vent se lève, à la demande express de Miyazaki.
Le court métrage Boro la petite chenille (2018) était encore en production et les choses ne se passaient pas très bien, quand Miyazaki avait passé un coup de fil à Yasuda pour lui parler des difficultés qu’il éprouvait. Yasuda lui avait suggéré alors d’en faire un long métrage. « D’accord, on le fait ensemble ! » répliqua Miyazaki du tac au tac. « Je ne peux plus venir au studio, prenez plutôt quelqu’un de plus jeune ! » Le décès de Yasuda Michiyo survint cinq mois plus tard. Et un mois après, Miyazaki annonçait qu’il revenait à l’animation de long métrage.
Coïncidence ou non, avec le recul, cette dernière scène du Vent se lève semble préfigurer la création de Miyazaki au cours des années qui ont suivi. Si l’on considère que le personnage de Horikoshi Jirô dans cette scène est l’alter ego de Miyazaki, alors Caproni, qui disparaît avec lui, est une sorte de projection des différents mentors et anciens collaborateurs.
Le Vent se lève s’achève avec le message « il faut vivre », même si nos années les plus créatives sont derrière nous, même si notre pays est détruit, même si nous avons perdu ceux qui nous étaient les plus chers. Le titre du film est tiré d’un poème de Paul Valéry traduit par Hori Tatsuo : Le vent se lève… il faut tenter de vivre. Oui, mais maintenant, comment vivrons-nous ?
Le prochain film Et vous, comment vivrez-vous ? devrait se présenter comme la proposition de réponse de Miyazaki à cette question. Nul doute que ce film nous aidera à trouver notre propre réponse, après la série de catastrophes sanitaires et autres très concrètes et proprement inouïes que nous vivons. C’est dire que nous attendons sa réalisation complète.
(Photo de titre : Miyazaki Hayao [à gauche] et Ôtsuka Yasuo, vers 1971. Photo : Minami Masatoki)

