Le respect de l’humain est au cœur des « bons mots d’Osim »
Néanmoins, si Osim n’avait été qu’un excellent entraîneur, le lien n’aurait pas été aussi fort et personne ne l’aurait tenu en si haute estime. Ce qui faisait d’Osim ce qu’il était, au-delà du stade et du football, c’était sa philosophie. Ce sont ses paroles d’une signification profonde, son humanité, la sévérité et la douceur de son regard sur les autres.
Ses paroles perspicaces sont connues sous le nom de « les bons mots d’Osim ».
Commentant le déchirement musculaire d’un joueur en plein match, il balaya la question d’une remarque lapidaire : « Les lièvres ont des déchirements musculaires quand ils sont poursuivis par un lion ? Il n’était pas assez préparé, c’est tout ! » De même, à propos d’un de ses propres matchs, il a répondu : « Ce n’était ni de la viande ni du poisson. C’était un truc ni fait ni à faire, je n’appelle pas ça un plat complet. »
Les Bosniaques aiment parler et plaisanter, c’est dans leur nature. Osim ne faisait pas exception, mais son esprit ne se contentait pas de l’ironie mordante. Il touchait juste et plus directement. Comme le prouve ce commentaire :
« Retirer un joueur de la feuille de sélection, ou résilier son contrat, cela signifie également priver son épouse et ses enfants de leurs moyens de vivre. Ceux qui prennent ces décisions doivent être conscient de la portée de chacune de leurs décisions. »
Faut-il toujours mettre au centre le souci des joueurs et du personnel de l’équipe, ou tenir compte de ce qu’exigent les supporters ? Pour Osim, le football appartenait aux supporters et il considérait sa relation avec les fans comme la colonne vertébrale du football professionnel. C’est ce qu’il a réussi à construire à la perfection avec son club de Jeljeznicar-Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), où il a fait ses débuts professionnels comme joueur, puis comme entraîneur :
Jeljo (le surnom de Jeljeznicar) possédait un supporter célèbre nommé Jimmy. Jimmy a fait la route depuis Sarajevo jusqu’en France pour rendre visite à Osim lorsqu’il a été blessé pendant son séjour à Strasbourg. En pleine Guerre Froide, alors que les déplacements entre les deux camps étaient sévèrement limités. Osim a également conduit Jimmy en Allemagne de l’Ouest (la situation n’avait toujours pas changé à l’époque), et leurs échanges ont continué longtemps après.
À la suite du Grand tremblement de terre de l’Est du Japon en 2011, Osim a adressé un message au Japon : « L’heure est venue d’une forte solidarité ». Ces mots ont su toucher une corde sensible chez les Japonais, car Osim avait lui-même vécu la guerre civile en Yougoslavie et la siège de Sarajevo (séjournant à Athènes à cette époque, il avait recours à un radio-amateur en pleine nuit pour chercher des nouvelles de sa famille, qu’il n’a pas pu revoir pendant plus de deux ans). Tout en souffrant des horreurs de la guerre, il était impliqué dans la réconciliation des trois communautés ethniques de Bosnie : les Bosniaques (Musulmans), les Serbes et les Croates.
« Je ne sais pas comment être d’une aide concrète pour le moment, compte tenu de ma condition physique actuelle, mais nous pouvons vivre ensemble, avec les sinistrés. Quand les choses sont difficiles pour un individu seul, il est possible de faire face aux difficultés en augmentant le nombre de ses amis. C’est le cas après un accident ou une maladie, ça l’est aussi après un tremblement de terre ou un tsunami. La solidarité permet de surmonter les difficultés. »
« Il n’est pas possible d’oublier le séisme, mais nous pouvons au moins revivre une vie normale. Nous pouvons retrouver nos vies d’avant. Même après le tremblement de terre, les trains Shinkansen continuent de circuler entre Tokyo et Osaka, et dans un avenir pas si lointain, ils circuleront de nouveau vers Sendai et Aomori. Les trains à grande vitesse sont à l’image des gens qui continuent à vivre. On continue à vivre normalement, c’est la preuve que la vie continue. »
C’était un grand gabarit d’1,91 m, avec un regard très vif. Ses mots pouvaient être durs parce qu’ils cachaient une vraie douceur. Pour les Japonais, Osim représentait une figure paternelle qui n’existe plus depuis longtemps dans la société japonaise. Du fond du cœur, que son âme repose en paix.
(Photo de titre : Osim prend les rênes de JEF United Ichihara, Tokyo, le 2 août 2003. Jiji Press)

