Uji est synonyme de thé vert haut de gamme. Nous sommes dans la préfecture de Kyoto, une variété éblouissante de matcha et autres délices à base de thé attend les amateurs qui, à l’occasion de leur passage à Uji, vont pouvoir découvrir la tradition pluriséculaire de la cérémonie du thé japonaise.

Une expérience unique dans un site classé au patrimoine mondial

Située dans la préfecture de Kyoto, Uji est célèbre pour le Byôdô-in, un temple classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Mais les touristes savent que, non loin de là, ils peuvent aussi s’initier à la cérémonie du thé (sadô) dans les règles de l’art, au Taihô-an. Cette maison de thé gérée par la commune d’Uji se trouve juste en face de la salle du Phoenix du Byôdô-in dont elle tire son nom (en effet, tai signifie ici « en face de », hô phoenix, et an ermitage).

Pour accéder au Taihô-an, il faut tout d’abord franchir ce portail rustique.
Pour accéder au Taihô-an, il faut tout d’abord franchir ce portail rustique.

On y propose des dégustations de matcha d’Uji dont les plantations de thé sont si célèbres. La poudre de thé vert est préparée et servie dans les règles de l’art de la cérémonie du thé. Celui-ci est accompagné d’une douceur sucrée typiquement japonaise qui change avec les saisons. Chaque étape de la cérémonie est brièvement expliquée par un maître de thé.

On prépare le thé avec de l’eau douce lentement portée à ébullition dans une bouilloire en fer chauffée au charbon de bois. La boisson est servi dans des bols à thé en céramique de style raku, fabriqués à la main à Kyoto. À chaque saison ses bols. En octobre par exemple, période de la moisson du riz, ils ont des motifs d’épis de riz.

Cérémonie du thé au Taihô-an
Cérémonie du thé au Taihô-an

Pour participer à une cérémonie du thé, il faut réserver à l’avance. On assiste tout d’abord à la préparation du matcha diligentée par le maître de thé, puis on peut goûter au thé ainsi qu’aux douceurs qui l’accompagnent. Enfin les participants peuvent s’essayer au fouettage du matcha. Les différents maîtres de thé, qui se relaient pour animer ces séances, représentent diverses écoles de la Voie du thé aux rangs desquelles figurent en bonne place Urasenke et Omotesenke qui sont les plus importantes au Japon. Les initiés sauront identifier les techniques emblématiques de chaque école.

L’artère principale menant au Byôdô-in est bordée de boutiques, se côtoient d’anciennes échoppes de grossistes en thé, des cafés, des restaurants et des pâtisseries, les touristes y déambulent en sirotant un latte ou autres glaces saveur matcha. Le thé est proposé à la vente dans toutes ses formes (en vrac, en poudre, en sachets, etc.) et dans toutes les gammes de prix. De nombreux commerces proposent leurs propres petites expositions.

En novembre 2024, un article du Kyoto Shimbun, le journal local, rapportait que le boom du thé matcha d’Uji auprès des touristes étrangers causait des pénuries. Certains magasins en seraient venus à imposer une quantité limite par client.

L’artère menant au Byôdô-in est bordée de salons de thé et de pâtisseries traditionnelles.
L’artère menant au Byôdô-in est bordée de salons de thé et de pâtisseries traditionnelles.

Les deux étincelles à l’origine du boom du matcha

Le « Made in Uji » est aujourd’hui connu dans le monde entier. Deux facteurs expliquent ce succès.

Le « choc Häagen-Dazs » de 1996 est la première étincelle. Cette année-là, l’entreprise américaine de crème glacée lance un produit au thé vert contenant du matcha. Dans ce sillage, la production et le coût du tencha utilisé pour fabriquer la poudre de thé partent à la hausse et l’engouement pour les desserts au matcha décolle. Puis, en 2000, quand la chaîne de cafés Starbucks se lance dans la commercialisation de boissons au matcha, la vogue devient planétaire. Ce « choc Starbucks » va encore renforcer les ventes de matcha.

Depuis, le succès du matcha ne s’est pas démenti : selon les données du ministère japonais de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche, la production de tencha a presque triplé au Japon, passant de 1 430 tonnes en 2012 à 4 176 tonnes en 2023.

Inscrire au patrimoine mondial cette boisson ancestrale du Japon ?

L’excellence du thé d’Uji vient de l’environnement unique de la région et de l’attachement des locaux aux techniques de production ancestrales. On sait depuis longtemps que cette région du Japon est idéale pour la théiculture. La région, où courent les rivières Uji et Kizu bénéficie d’une forte pluviométrie annuelle. Son relief légèrement vallonné permet un bon drainage et garantit un brouillard fréquent, ce qui protège les pousses de thé des gelées qui pourraient les abîmer.

La théiculture est arrivée à Kyoto pendant les périodes Kamakura (1185-1333) et Muromachi (1333-1568). Le shogunat a alors encouragé le développement des plantations de thé et permit l’essor du thé d’Uji. On trouve dans le « Guide illustré des spécialités des mers et des montagnes du Japon » (Nihon sankai meibutsu zue, 1797) datant du milieu de l’époque d’Edo (1603-1868), des explications sur la transmission de la théiculture et sur l’origine du thé d’Uji, mais aussi des descriptions des techniques en usage à Uji pour cultiver, récolter mais aussi transformer le thé. Le terroir d’Uji était renommé dans tout le Japon dès le XVIIIe siècle.

La « Cueillette du thé à Uji », gravure tirée du « Guide illustré des spécialités des mers et des montagnes du Japon » (Nihon sankai meibutsu zue, 1797). (Avec l’aimable autorisation des collections numériques de la Bibliothèque nationale de la Diète)
La « Cueillette du thé à Uji », gravure tirée du « Guide illustré des spécialités des mers et des montagnes du Japon » (Nihon sankai meibutsu zue, 1797). (Avec l’aimable autorisation des collections numériques de la Bibliothèque nationale de la Diète)

Aujourd’hui, on appelle « thé d’Uji » les feuilles de thé transformées par des producteurs basés à Kyoto selon des techniques traditionnelles. Les plants de thé peuvent être cultivés à Kyoto ou dans l’une des trois préfectures limitrophes à Nara, Shiga ou Mie. L’Agence japonaise des affaires culturelles a classé la culture du thé de la région de Yamashiro, au sud de la préfecture de Kyoto au patrimoine japonais en reconnaissance de son importance pour la cérémonie du thé qui incarne l’esprit japonais, mais aussi pour le rôle que la région a joué dans la production des principaux types de thé japonais : le matcha en poudre, le sencha ordinaire et le raffiné gyokuro. La préfecture de Kyoto est également à l’initiative des démarches pour que le thé d’Uji soit inscrit au patrimoine mondial en tant que « paysage culturel ».