Quand a-t-il pris conscience du boom mondial des mangas ?

À l’époque où Schodt se lançait sérieusement dans la traduction, il ne s’attendait pas à ce que le manga connaisse un tel engouement international. Ce n’est qu’à la fin des années 90 qu’il a commencé à percevoir l’essor de ce secteur.

« C’est à cette époque que les séries Pokémon et Sailor Moon ont commencé à être diffusées à la télévision américaine. Les enfants ont tous été pris d’une fièvre Pokémon, et c’est là que le vent a tourné. »

L’animation a été le catalyseur de la popularité des mangas, cela ne fait aucun doute. Ces dernières années, on a également assisté à l’essor fulgurant de Crunchyroll, l’un des principaux sites de streaming d’animations. En 2024, le nombre total d’utilisateurs enregistrés à la chaîne s’élevait à environ 120 millions, et le nombre d’abonnés payants dépassait les 15 millions, tandis que les mangas se vendaient aussi comme des petits pains.

« Au départ, les fans copiaient illégalement les vidéos des animes et les diffusaient entre eux. À mesure que le nombre de fans augmentait, des conventions consacrées à l’anime ont commencé à être organisées, puis, avec l’avènement de l’ère Internet, le phénomène de la « scanlation » (mot-valise formé à partir de « scan » et « translation ») s’est répandu, entraînant une explosion du nombre de versions pirates. C’est ainsi que la popularité des mangas s’est accrue. »

« Dans les années 90, l’habitude de découper des livres, puis de les scanner et de les publier sur Internet s’est répandue parmi un grand nombre de personnes. »

Les versions pirates et les scans ont eu un impact considérable sur la popularité des mangas, mais leur diffusion illégale empêche les auteurs et les éditeurs de générer des revenus. Derrière cette pratique se cachent de nombreuses pertes et dilemmes.

L’IA et les perspectives d’avenir du secteur de la traduction

L’IA évolue chaque jour, et la qualité des traductions réalisées par l’IA est désormais si élevée que le métier de traducteur traditionnel est en voie de disparition. Comment Schodt voit-il la situation actuelle et l’avenir ?

« Je ne vis pas uniquement de la traduction de mangas ; je travaille également comme interprète et conseiller pour des événements liés au manga. Avec l’arrivée de l’IA dans le secteur de la traduction, je pense sincèrement que c’est la fin de ma profession. »

Lors de conventions consacrées à l’animation, il lui arrive de rencontrer des jeunes qui aspirent à devenir traducteurs de mangas. « Mais je dois malheureusement leur dire que cette époque est révolue. Des start-ups spécialisées dans la traduction par IA ont déjà vu le jour, et la précision de la traduction par IA s’est considérablement améliorée. On peut dire que nous sommes actuellement à un tournant historique. D’ici peu, 90 % des traductions seront confiées à l’IA, et les humains se contenteront de vérifier et d’ajuster le résultat. »

La traduction de mangas est un service du domaine du divertissement, et le problème, selon Schodt, est que ce type de traduction n’exige pas la perfection.

« Dans le domaine du divertissement, une traduction de qualité moyenne est jugée suffisante, ce qui explique pourquoi de nombreux mangas sont traduits par des amateurs à l’aide de la technique de la scanlation et sont acceptés sans résistance par les fans. Cependant, la circulation d'œuvres piratées réduit considérablement les revenus que les traducteurs professionnels devraient percevoir. Il n’est plus possible de vivre uniquement de la traduction de mangas, à moins d’être prêt à vivre chez ses parents et à se nourrir principalement de nouilles instantanées ! »

Photo de la cérémonie de remise des prix du 1er American Manga Award, en 2024. (© Kasumi Abe)
Photo de la cérémonie de remise des prix du 1er American Manga Award, en 2024. (© Kasumi Abe)

(Photo de titre : Frederik L. Schodt avec une figurine d’Astro. © Frederik L. Schodt)