Un amour qui date de l'époque de Heian
Il y a des cerisiers partout au Japon. Le « front des cerisiers », comme on appelle la ligne de floraison de l’espèce Somei Yoshino au printemps, parcourt tout le pays, du sud au nord, en un mois environ. À certains moments progressant lentement, à d’autres à toute vitesse. On obtient cette ligne en reliant tous les endroits où la floraison des cerisiers de cette variété en est à la même étape. La pleine floraison est atteinte généralement en 5 à 10 jours. Dans le Kyûshû, le Shikoku et à Tokyo, la floraison commence généralement fin mars. Fin avril, le front des cerisiers franchit le détroit de Tsugaru, qui sépare la préfecture d’Aomori et Hokkaidô. Mais d’autres variétés, comme la variété sauvage yamazakura, fleurit fin février dans les régions à climat doux comme le Kyûshû. Ou, pour le dire autrement, le printemps arrive avant mars dans le Kyûshû.
« On divise les variétés en gros en deux catégories : les variétés sauvages, et les cultivars de jardins. 9 espèces de cerisiers sauvages existent au Japon, parmi lesquelles yamazakura, Ôshima-zakura, Edo higan, 10 espèces si vous ajoutez l’espèce endémique d’Okinawa : kan-hizakura. En Chine, on compte environ 30 espèces sauvages. Mais à mon avis, c’est grâce aux très nombreux cultivars créés, cultivés et préservés au Japon que les cerisiers sont si connus dans le monde entier. Je suis persuadé que c’est parce que les Japonais ont toujours chéri intensément ces arbres, touchés par leur grâce et leur impermanence qu’ils ont pu créer tant de variétés. »
Or, on peut remarquer qu’à l’époque de Nara (710-794), quand la culture importée de Chine était dominante, la fleur par excellence, dans les poésies waka, par exemple, était la fleur de prunier, et non pas la fleur de cerisier. C’est pendant l'époque de Heian (794-1185) que la beauté de la fleur de cerisier est reconnue et apparaît pour la première fois dans la poésie comme dans la littérature narrative ou les rouleaux peints. Plus tard, durant l’époque de Muromachi (1336-1573), l’époque des provinces combattantes, la fleur de cerisier est définitivement devenue la fleur essentielle dans la culture japonaise. Durant l'époque d’Edo (1603-1868), on améliore les variétés de cerisier, pour aboutir, à la fin de cette priode, à la création de la variété Somei Yoshino. Robuste, de grande taille, avec une floraison superbe, il a rapidement été planté dans tout le pays, et c’est cette variété qui a accompagné le mouvement culturel qui ferait qu’aujourd’hui, la fleur de cerisier symbolise à elle seule le Japon.

