Évaluation des divers scénarios

Après avoir passé en revue les spécificités et problèmes de chaque source d’énergie, évaluons les différents scénarios.

Tout d’abord, le « scénario 20-25% », qui propose de plus que doubler la part des énergies renouvelables par rapport à leur niveau actuel (2010) tout en maintenant ou réduisant faiblement celle du nucléaire, permet d’améliorer le niveau d’autosuffisance énergétique et de diminuer le montant des importations de combustible tout en respectant l’environnement, le tout avec un impact limité sur l’économie.

Le « scénario 15% », qui prévoit de diminuer de moitié la part du nucléaire, permet d’améliorer le niveau d’indépendance énergétique, mais son impact économique est plus important que celui du « scénario 20-25% ».

Enfin, le « scénario 0% » ne permet ni de diminuer le montant des importations de combustible ni d’obtenir des effets environnementaux positifs, et son impact est fort sur l’économie, avec par exemple une augmentation conséquente des prix de l’électricité.

Pour résumer, plus la part du nucléaire est réduite, moins les perspectives sont bonnes en ce qui concerne les 3E et plus l’impact négatif sur le facteur M croît.

Le tableau 2 évalue ces scénarios sous l’angle 3E+M.

Notes : pourcentage d’auto-suffisance prévisionnel pour les trois scénarios. Afin d’autoriser les comparaisons, le “scénario 0%” n’inclut aucune mesure supplémentaire d’économie d’énergie (“option 1” calculée par la sous-commission des questions fondamentales, commission d’enquête sur les ressources naturelles en énergie, ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie). Certaines données proviennent de deux organismes de recherche se basant sur les chiffres fournis par la commission de vérification des coûts de la Conférence sur l’énergie et l’environnement.

Pour le maintien de l’énergie nucléaire

Au cours des « Auditions publiques sur les choix énergétiques et environnementaux » organisées dans tout le Japon à partir du 14 juillet 2012, le « scénario 0% » a jusqu’à présent recueilli des avis positifs dans de nombreux cas, principalement à cause d’une importante perte de confiance dans la sûreté nucléaire.

Aujourd’hui, quatre rapports sur l’accident sont consultables, émanant du gouvernement(*3), de la Diète(*4), de la compagnie d’électricité de Tokyo (Tepco)(*5) et d’une instance privée(*6), qui concluent tous à un accident dû à l’absence de mesures contre les tsunamis et mettent en cause la responsabilité de Tepco et des organismes de contrôle. Il est indispensable de restaurer la confiance de l’opinion publique en améliorant la sûreté des centrales par la mise en œuvre de mesures de sécurité d’urgence et de tests de résistance, ainsi que par la création d’une commission de surveillance du nucléaire indépendante.

Par ailleurs, quelle était la situation des centrales nucléaires japonaises avant l’accident ? Rappelons que, malgré un taux d’utilisation peu élevé des installations, le nombre d’arrêts intempestifs était largement inférieur à celui des autres pays du monde, de même que le nombre d’incidents méritant d’être inscrits sur l’échelle internationale des événements nucléaires (INES). On peut voir là le fruit d’un travail minutieux afin d’éviter tout incident même mineur, dans la mesure où, au Japon, chaque arrêt imprévu des opérations est suivi d’un long temps d’attente avant le redémarrage de la centrale. De plus, même dans les années 80, époque à laquelle la mise en chantier de nouveaux réacteurs nucléaires a reculé en Occident pour cause de baisse de la compétitivité des coûts, le Japon a poursuivi la construction et la R&D dans ce domaine afin de diversifier son mix énergétique. De ce fait, trois entreprises japonaises figurent parmi les principaux fabricants mondiaux de réacteurs nucléaires (Areva, Rosatom, Mitsubishi, Hitachi-GE Nuclear Energy et Toshiba Westinghouse) et les fabricants japonais jouissent d’une solide présence dans le secteur nucléaire mondial. Une réalité confirmée par le fait que le Vietnam et la Lituanie, qui étudient l’introduction du nucléaire dans leur mix énergétique, ont maintenu leur intérêt pour les entreprises japonaises même après l’accident de Fukushima.

Au bout du compte, bien que le Japon dispose de réels atouts technologiques dans le domaine du nucléaire, on peut dire que les causes de l’accident de Fukushima tiennent à la trop faible importance accordée à la sûreté et aux compétences des organismes chargés d’utiliser et de contrôler les installations, bref, à une culture de la sécurité insuffisamment développée. Rebâtir cette culture et améliorer la gouvernance grâce à des organismes de surveillance transparents permettra de porter le niveau de sûreté des centrales nucléaires japonaises à un niveau élevé au regard des standards mondiaux. Il ne s’agit pas de choisir l’énergie nucléaire « parce qu’elle est sûre », mais d’utiliser de façon sûre l’énergie nucléaire choisie en fonction des besoins énergétiques du Japon. Il faut avoir conscience que le risque zéro n’existe pas, mettre en œuvre les procédures et mesures prévues pour faire face à un potentiel accident majeur — qui semblent avoir fait défaut avant celui de Fukushima —, éduquer les personnels concernés et travailler continuellement à l’amélioration de ces mesures.