Un purgatoire en préfabriqué

L’une des six Maisons pour tous de Rikuzen-Takata, conçues par Ito Toyo assisté par une équipe de jeunes collègues. En août 2012, les plans des bâtiments ont été présentés au Pavillon japonais de la treizième Biennale d’architecture de Venise, lequel pavillon a reçu le Lion d’or de la meilleure participation nationale.

Iwai Akira, qui a 69 ans, est l’un des habitants du voisinage qui profite des avantages de la Maison pour tous. « Je viens ici parce que je sais qu’il y aura d’autres personnes âgées, et cela allège ma solitude. Treize de mes anciens camarades de classe ont péri dans le tsunami », explique-t-il.

Sa maison, située à 1,5 kilomètre du littoral, ayant été détruite par le tsunami, M. Iwai a dû s’installer dans un petit deux pièces en préfabriqué d’un ensemble de logements provisoires bâti sur un terrain élevé. « Ça va pour quelqu’un comme moi qui vit seul », dit-il, « mais pour les familles, l’espace est vraiment réduit. Sans compter qu’en hiver, il fait terriblement froid. On se fait tous des soucis pour l’avenir, parce qu’on ne peut pas rester indéfiniment dans ces bâtiments. »

La loi sur l’assistance aux victimes des catastrophes prévoit que les occupants de logements provisoires n’y restent pas plus de deux ans. Le gouvernement va sans doute prolonger ce délai, mais la majorité des occupants ne s’en inquiètent pas moins de leur prochaine destination. M. Iwai a envisagé de s’acheter une maison bâtie en hauteur, avec ses économies complétées par un prêt de l’État, mais il se demande si c’est vraiment la chose à faire dans la situation où il se trouve. « J’ai deux filles, mais il n’est pas facile de dire si elles auront envie d’emménager chez moi après ma mort. »

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Le message de Ito Toyo, architecte

Construire à l’intérieur des terres n’est pas chose aisée

La plupart des employés de l’administration des collectivités sinistrées s’accordent à dire que le logement constitue leur plus grave problème. La vie des victimes ne pourra pas revenir à la normale tant qu’elles n’auront pas retrouvé un logement permanent dans un endroit sûr. Et pour nombre d’entre elles, cela pourrait prendre des années.

Les chiffres publiés par l’Agence de reconstruction indiquent que, à la date du 7 février 2013, il y avait dans l’ensemble de la région 310 500 victimes du séisme et du tsunami vivant dans un logement provisoire ou un autre type d’abri temporaire. En mars, lors de mon passage à Rikuzen-Takata, la ville comptait 2 200 logements provisoires abritant 5 500 victimes locales. La municipalité doit prendre en charge leur relogement tout en s’attelant à la reconstruction du centre-ville — mairie incluse — à plusieurs centaines de mètres plus à l’intérieur des terres que l’ancien site. (Le projet conçu par la ville prévoit de commencer par améliorer la sécurité du nouveau site en élevant de sept à huit mètres le niveau du sol, puis de transformer en parc la zone anciennement occupée par le centre-ville.)

Kubota Takashi, député maire de la ville de Rikuzen-Takata

Le député maire Kubota Takashi a renoncé en août à la fonction qu’il occupait au Bureau du cabinet du gouvernement central pour se consacrer à la ville de Rikuzen-Takata, après s’être porté volontaire au lendemain de la catastrophe. Il insiste sur l’ampleur des problèmes de logement auxquels la ville se trouve confrontée.

« C’est en août dernier que nous avons finalement placé les derniers sans abri en logement provisoire », dit-il. « La phase suivante va être encore plus longue. Nous avons un projet de construction d’immobilier locatif public, destiné aux victimes de la catastrophe, sur les collines, mais il n’y a pas tellement de terrains adaptés à la construction de logements, et ceux que nous visons appartiennent à toutes sortes de gens, dont certains ne vivent pas ici. On s’est aperçu qu’il faudra beaucoup de temps pour parvenir à un accord avec tous les propriétaires. »

La situation n’est pas du tout la même qu’après le Grand séisme de Hanshin (Kobe) de 1995, où bien des victimes avaient été en mesure de reconstruire leur maison au même emplacement, alors que nombre d’endroits frappés par le tsunami de 2011 ont été classés en zone à risque de tsunami par les autorités locales et sont donc soumis à des restrictions en matière d’utilisation du sol. Certains résidents ont commencé à faire appel à des promoteurs privés pour construire de nouvelles maisons à leurs propres frais.

« Quoi qu’il en soit, nous devons nous dépêcher », reconnaît M. Kubota. « Le gouvernement a fini par simplifier les procédures et les formalités administratives qui entravaient la reconstruction dans les collectivités sinistrées. Si nous arrivons à trouver le personnel nécessaire et à affecter les ressources budgétaires à nos priorités les plus urgentes, nous devrions parvenir d’ici la fin de l’année prochaine à mettre en service le premier ensemble permanent d’habitations. Mais nous attendons du gouvernement qu’il assouplisse les réglementations budgétaires, de façon à nous faciliter la réaffectation des fonds. Dans le même temps, nous allons devoir faire le nécessaire pour attirer des entreprises dans la région en vue de créer des emplois pour la population. »