Onagawa : reconstruire un port submergé
Mon étape suivante s’est faite à Onagawa, à l’est du département de Miyagi, une ville dont le centre a été détruit par des vagues hautes de près de vingt mètres. Beaucoup de rescapés sont partis vivre ailleurs et la ville a perdu la moitié des 10 000 habitants qu’elle comptait avant la catastrophe. Les routes ont certes été dégagées, mais les décombres de plusieurs bâtiments en béton continuent de joncher le paysage, qui n’est plus qu’un vaste terrain vague.
Dans le port d’Onagawa, le front de mer s’est affaissé de plus d’un mètre, et le département vient à peine de commencer à réhabiliter les terres et à reconstruire le port. Abe Yoshihiko, qui pilote un bac entre Onagawa et les îles situées au large, a pu reprendre son service en août 2011, grâce à un embarcadère provisoire. Je m’adresse à lui alors qu’il est en train de préparer son navire, le Shimanagi, à prendre la mer.
« Le rythme de la reconstruction est si lent », déplore-t-il. « Après le séisme, on pensait qu’il faudrait peut-être un an pour reconstruire les quais, mais les prévisions initiales de la mairie et de la population étaient beaucoup trop optimistes. Quoi qu’il en soit, les ventes de billets plafonnent aujourd’hui à environ un dixième de ce qu’elles étaient avant la catastrophe. »
En juillet 2011, Azumi Nobutaka, qui était alors le maire de la ville, m’a dit que l’une des plus grandes difficultés à laquelle celle-ci se trouvait confrontée résidait dans l’enlèvement des 440 000 tonnes de débris qui encombraient ses rues. À en croire Suda Yoshiaki, le maire actuel, qui a remplacé M. Azumi en novembre 2011, ce défi a été en grande partie relevé. « Grâce à l’aide de la Ville de Tokyo, les derniers débris susceptibles d’être incinérés devraient avoir disparu d’ici la fin du mois », dit-il, « et ceux qu’on ne peut pas brûler vers la fin du mois de juin. »
La prochaine étape consistera à reconstruire les voies routières, les installations portuaires et autres infrastructures. Mais, comme m’en informe M. Suda, la ville souffre d’une sérieuse pénurie de main-d’œuvre et, vu le coût du travail et le prix élevé du béton et autres matériaux, il arrive fréquemment que les appels d’offre liés aux projets de reconstruction ne trouvent pas preneur.
« Nous avions prévu que les travaux de réhabilitation du port d’Onagawa seraient achevés à la fin de l’exercice 2014, mais il se pourrait bien que cette échéance soit repoussée à 2015 », m’informe M. Suda. « Le ministère des Affaires intérieures et des Communications nous a dépêché 21 employés pour nous aider dans l’administration de la ville, mais c’est loin d’être suffisant. Nous devons exercer des pressions pour obtenir davantage d’aide du département comme du gouvernement central, notamment en matière de financement. »
En ce qui concerne le logement, il faudra, selon M Suda, cinq ou six ans pour construire suffisamment de logements publics pour héberger les 1 900 foyers actuellement placés en habitat provisoire. Et il faudra encore au moins un an avant que les gens puissent ne serait-ce que commencer à emménager.
Le budget de fonctionnement initial d’Onagawa pour l’exercice 2012 était de 23 milliards de yens, soit près de quatre fois plus que les 6 milliards d’avant le tsunami. Jusqu’ici, la situation financière de la ville était relativement saine, grâce aux subventions accordées par le gouvernement central au titre de la centrale nucléaire d’Onagawa, en activité depuis 1984. Mais la centrale a été fermée à la suite du séisme et de l’accident nucléaire de Fukushima et personne ne peut dire quand elle sera remise en marche. Entre temps, la dépréciation des installations a entraîné une baisse des recettes fiscales.
Confrontée à des difficultés pratiquement insurmontables, Onagawa n’a pas d’autre choix que de les traiter une par une. M. Suda est déterminé à faire tout ce qu’il faudra. « Étant originaire de cette ville, je me soucie de l’allure qu’elle aura dans vingt ans, quand j’en aurai soixante. C’est pour cela que je suis devenu maire. Aussi dure que soit notre situation aujourd’hui, nous devons penser à préserver pour les générations à venir la culture et les valeurs propres à cette ville.


