Un taux de pauvreté des familles mono-parentales parmi les plus élevés au monde
Intéressons-nous maintenant à la question de la pauvreté par génération. Commençons par la pauvreté et les disparités de revenus affectant les enfants, qui ont tendance à croître lorsque le taux de pauvreté augmente chez les adultes. Au Japon, le taux de pauvreté des enfants est de 16 %. Dans le cas des familles mono-parentales, il atteint 50 %, un des plus élevés au sein des pays avancés. Cette pauvreté a des répercussions sur le niveau d’éducation et la santé des enfants.
Sur le plan de l’éducation, les tranches de revenus des parents entraînent des écarts dans les résultats dans les matières fondamentales et le taux d’accès à l’enseignement supérieur. La relation entre le niveau des élèves et les différences en matière d’accès au supérieur d’une part, et les inégalités de revenus de l’autre, est claire. La pauvreté des enfants entraîne aussi la pauvreté plus tard. Le pourcentage d’enfants de familles pauvres est notamment élevé au sein des établissements pénitentiaires pour les mineurs. De plus, la probabilité qu’un enfant issu d’une famille ayant bénéficié de l’aide sociale continue à la recevoir une fois adulte est élevée. Cette probabilité est aussi élevée dans le cas d’enfants ayant été placés par les services sociaux.
Tournons-nous ensuite vers la pauvreté et les inégalités de revenus de la génération des jeunes travailleurs. L’emploi précaire a augmenté à partir du milieu des années 1990. L’augmentation du nombre de jeunes contraints d’accepter un emploi précaire est une des premières causes de la hausse du taux de pauvreté et de disparité des revenus, ainsi que du recul du nombre des mariages. L’augmentation du nombre de jeunes s’enfermant chez eux (hikikomori) à la suite d’un échec dans leur études ou dans leur vie professionnelle est un autre problème important.
Les principales raisons de la pauvreté et des inégalités de revenus chez les personnes âgées sont une retraite trop basse ou une absence de retraite. Au Japon, les salariés bénéficient d’un régime de retraite, et les non-salariés (personnes ayant travaillé à leur compte, ou n’ayant pas eu d’activités professionnelles, ainsi qu’ayant occupé des emplois précaire) d’un autre. Environ 8,5 millions de personnes âgées bénéficient du second. Elles touchent en moyenne une retraite de 55 000 yens par mois, un niveau considérablement inférieur à celui qualifiant à l’aide sociale.
Enfin, le niveau réel de la retraite de base devrait baisser d’environ 30 % dans les 30 prochaines années en raison du nouveau système de calcul basé sur les données macroéconomiques qui va commencer à partir de l’exercice 2015. Si l’on tient compte de l’importante augmentation prévue du nombre de personnes âgées, il est possible que l’on assiste à une explosion de la pauvreté chez les personnes âgées.
Des mesures pour soutenir les pauvres adaptées à leur génération
Les mesures nécessaires varient suivant les générations. Commençons par les enfants : il faut pour les aider un revenu minimum garanti pour les familles mono-parentales et un soutien à l’emploi, et il est aussi important de fournir une aide financière à l’éducation des enfants de ménages pauvres. Pour les jeunes travailleurs, il faut aider les précaires qui cotisent souvent au régime général de retraite et d’assurance médicale, dont les cotisations constituent pour eux une lourde charge. C’est une des raisons pour lesquelles ils ne les paient pas.
Les mesures de redistribution des revenus nécessaires pour le présent sont d’une part de permettre aux travailleurs précaires de cotiser au régime des salariés (retraite et assurance-santé), et de leur garantir ainsi un accès à une retraite future et aux soins médicaux. Pour que les travailleurs précaires puissent envisager le futur avec optimisme et fonder des familles, il faut leur fournir des aides au logement, des allocations familiales ainsi que des bourses d’études pour leurs enfants. Pour les personnes âgées à faible revenus, il est important d’introduire un revenu minimum garanti qui complète la retraite de base, et d’alléger le reste à charge des soins médicaux et de dépendance.
Il est aussi important de soutenir les personnes en difficulté, quel que soit leur type de ménage. Alors qu’il y a de plus en plus de personnes qui s’enferment chez elles ou souffrent du surendettement après une longue période d’inactivité suite à un échec professionnel (chômage ou reconversion ratée), il n’existe actuellement aucune mesure pour les aider. Ces problèmes ne sauraient être résolus seulement par des prestations financières : il faut prendre des mesures diversifiées comprenant une aide au retour à l’emploi, un soutien psychologique, et une assistance à la gestion pécuniaire. On attend beaucoup du système d’aide aux personnes en difficultés effectif à partir de cet avril, qui constitue un dispositif nouveau offrant un soutien global aux personnes en difficultés.
(D’après un original en japonais du 23 mars 2015. Photo de titre : une manifestation contre le durcissement des conditions pour obtenir une aide sociale, mars 2013. Jiji Photo )
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