Les conséquences de l’application du principe « à travail égal, salaire égal »

Outre la réduction des heures supplémentaires, le plan d’action du gouvernement a un autre grand objectif. Il propose en effet de réduire les inégalités en matière de salaires et de gains entre les employés réguliers et les travailleurs temporaires ou à temps partiel. Pour les premiers, le problème le plus grave est celui de la quantité considérable d’heures supplémentaires qu’ils sont contraints d’effectuer alors que les seconds sont surtout préoccupés par la disparité entre leurs conditions d’emploi et celles des employés réguliers.

Le travail du Conseil pour la réalisation de la réforme mérite d’être salué pour la façon dont il a su aborder une question aussi épineuse et trouver une solution fondée sur le principe « à travail égal, salaire égal » (voir article Les défis de la réforme du travail au Japon). Mais avant que son plan soit mis en œuvre, il faudra surmonter les nombreux obstacles posés par les caractéristiques particulières du monde du travail au Japon (voir article La réforme du travail au Japon : comment franchir les obstacles).

Le système de l’emploi de l’Archipel se distingue d’abord par la façon dont les salaires sont fixés et structurés. Au Japon, l’échelle des salaires des employés réguliers repose davantage sur les qualifications acquises au fil du temps sur le lieu de travail que sur l’intitulé du poste et les responsabilités allant de pair avec, comme c’est le cas en Occident. Mais la rémunération des travailleurs non-réguliers dépend en général de leur fonction. Ce qui veut dire que l’écart entre les salaires a tendance à se creuser avec l’âge. Ce système à double vitesse est bien souvent considéré comme incompatible avec le principe « à travail égal, salaire égal ». Le plan concocté par le Conseil n’en a pas moins pour objectif d’appliquer cette règle aussi strictement que possible en recherchant les composantes des salaires où l’égalité de rémunération pour un même travail est envisageable.

Ce plan préconise par exemple un traitement égal en ce qui concerne la formation, les indemnités et les prestations des employés quand les conditions de travail sont identiques. Il précise aussi que les bonus liés aux résultats devront être accordés à tous les employés qu’ils soient réguliers ou pas, ce qui devrait poser un très sérieux problème aux entreprises. Si ces règles sont appliquées de façon rigoureuse, elles amélioreront certainement la situation des travailleurs non-réguliers. Reste à savoir comment les patrons feront pour payer les salaires sans que leurs profits en pâtissent. La seule solution vraiment envisageable consiste à réduire l’enveloppe des prestations et des rémunérations des employés réguliers. Mais la population japonaise ne semble pas vraiment avertie de cet aspect gênant des choses.

En fait, l’application du principe « à travail égal, salaire égal » est le problème le plus épineux posé par les directives du plan de réforme de mars 2017. D’après ce texte, il serait en effet possible d’effectuer une analyse factorielle des salaires de base de façon à déterminer l’importance respective de différentes variables dont l’intitulé du poste, les qualifications, les résultats et l’ancienneté. Cette méthode de comparaison par facteurs devrait permettre aux patrons d’évaluer leurs employés et leur travail et de les payer en conséquence, en utilisant les mêmes critères.

Les entreprises japonaises affirment volontiers que l’échelle des salaires de leurs employés réguliers est basée sur leurs qualifications professionnelles. Mais en fait, elle repose davantage sur le cycle de vie et les besoins financiers d’un travailleur typique, marié et de sexe masculin, aux différentes étapes de son existence. De ce fait, il est extrêmement difficile d’effectuer l’analyse factorielle objective et la comparaison facteur par facteur proposée par le plan de réforme.

Si le Japon décide d’appliquer le principe « à travail égal, salaire égal », il ne pourra pas se contenter de tenter d’améliorer la situation des employés non-réguliers. S’il veut vraiment atteindre cet objectif, il faudra qu’il reconsidère entièrement son système de l’emploi – employés réguliers et non-réguliers confondus – en effectuant un changement de direction qui constituera une véritable révolution pour le monde du travail japonais. Et on est en droit de se demander si les dirigeants du patronat et des syndicats japonais sont vraiment prêts pour un pareil bouleversement.