Ce n’est pas grave si ça ne rit pas

À la fin du spectacle, en interrogeant le public à propos de la performance de Tekken, les avis étaient surtout favorables : « des gags courts et bons, ça c’est bien », ou : « En France, on aime bien les blagues basées sur la vie quotidienne. » Mais les Français ne faillissent pas malgré tout à leur réputation d’esprits aiguisés : « Le costume l’aide tout de même beaucoup à conserver l’attention », ou « Pour une première fois, c’est bien, mais la prochaine, il faudra trouver autre chose… Les Français se lassent vite et ont la critique facile. » Ce qui ne les empêchent pas d’éclater de rire une nouvelle fois au simple souvenir des meilleures blagues : « Et le dessin quand il pète à la piscine, c’était génial ! »

Un costume qui ne dépareille pas parmi les jeunes les plus originaux

Nous avons aussi demandé ses impressions à Tekken, à l’issue du spectacle.

« Les réactions aux histoires « ça vous est déjà arrivé ? » étaient tout à fait les mêmes qu’au Japon, ça m’a surpris. Ça a fonctionné mieux que je n’avais imaginé. Je m’attendais à faire mon truc dans un silence de mort… Ce qui ne m’inquiétait pas plus que ça, d’ailleurs. La première partie sur les personnages de dessins animés, je n’ai pas forcé pour trouver les rires. Je savais que les fans d’animation seraient nombreux dans le public, alors j’ai sorti tous les personnages que tout le monde connait. C’était une sorte d’échange de salut, pour créer une familiarité. Et vous avez vu ? Tout le monde avait le sourire ! Ça a bien marché ! »

Contrairement à ce que ces commentaires peuvent laisser supposer, Tekken ne suit d’ailleurs pas nécessairement une stratégie préétablie. De même pour ses flipbooks :

« Je ne fais pas ces petits films pour provoquer l’émotion. À partir d’un thème qui m’est demandé, je réfléchis à une histoire. Et je ne sais pas si c’est sous l’influence de mangas ou de films que j’ai vus dans le passé, mais les images et la structure du récit me viennent tout naturellement. Une fois que tout est en place dans ma tête, je n’ai même pas besoin d’esquisse, je laisse aller ma main et je me plonge dans mon dessin, rien d’autre. On m’a souvent suggéré de faire de vrais films, mais je ne pourrais jamais, je ne sais pas donner d’ordres aux gens (rires) ! »

Le moins qu’on puisse dire, contrairement aux apparences, et comme son nom ne l’indique pas (Tekken signifie « le poing de fer »), Tekken n’est pas du genre à avoir des ambitions démesurées. Mais il sait ce qu’il veut.

« Je voudrais présenter mes flipbooks dans des festivals de films d’animation à l’étranger. Et pas seulement ceux avec des histoires poignantes et émouvantes sur la vie ou la famille comme j’ai fait jusqu’à maintenant, mais aussi en présentant des histoires comiques, ou des expressions plus artistiques. Mais avant ça, je voudrais que plus de gens découvrent qu’un humoriste comme moi, avec un accoutrement pareil, a déjà dessiné des milliers de dessins, à la main, qu’il assemble pour réaliser ses petits flipbooks à raison de 6 dessins par seconde. »

Ce premier contact avec le public étranger, Tekken n’est incontestablement pas prêt de l’oublier.

Photos : Sawada Hiroyuki (Paris), Hino Kyoko (Japan Expo)