Le monde du manga japonais s’est tout de suite mis en mouvement

Comment le monde du manga japonais a-t-il réagi de son côté ? Sa réaction fut très directe. D’après M. Itô Yû, chercheur du Musée International du Manga de Kyôto, aussi bien les auteurs que les éditeurs et les libraires se sont montrés très réactifs.

Inoue Takehiko, l’auteur bien connu de Slam dunk et de Vagabond s’est activé dès le lendemain du séisme, en postant sur Twitter une série d’illustrations de visages souriants intitulée « Smile ».

Le projet « Opération Salaud de tremblement de terre !! » que Miyake Ranjô a dirigé avec la participation d’auteurs de manga connus est lui aussi né le lendemain du séisme. Le sentiment d’impuissance qui les a saisis devant l’ampleur de cette catastrophe inouïe en tant que créateurs considérés comme de simples amuseurs, des « travailleurs du divertissement », les a décidés à « faire ce qu’ils pourraient avec leur outil, le manga, malgré tout », en postant au fur et à mesure des messages dessinés pour encourager les sinistrés.

Shiriagari Kotobuki

Les éditeurs ne sont pas demeurés en reste et ont réagit avec sensibilité à l’intérêt de la population pour le tremblement de terre et l’accident nucléaire :

Deux mois à peine après le séisme, un manga des années 1970, Survivant (de Saitô Takao, éd. Leed) a été réédité. Cette série raconte l’histoire d’un garçon qui survit à un grand tremblement de terre. Une partie des ventes a été reversée au bénéfice de l’aide à la reconstruction.

Phaeton, manga de Yamagishi Ryôko publié en 1988 (éd. Ushio) qui pose la question des centrales nucléaires après l’accident nucléaire de Tchernobyl, a été mis gratuitement en ligne à peine deux semaines après l’accident nucléaire de Fukushima et beaucoup de gens l’ont lu. [lire Phaeton]

Shiriagari Kotobuki a lui aussi participé au projet « Opération Salaud de tremblement de terre !! » et revient sur la rapidité de la réaction des professionnels du manga : « (Si l’on excepte quelques rares cas comme Yamagishi Ryôko,) jusqu’à présent, les auteurs de manga ont rarement pris la parole dans le débat social. Même après le 11 septembre 2001, la bande dessinée était restée quasiment amorphe. Mais cette fois, il s’agit de radioactivité, on ne pouvait pas s’empêcher d’être touché de près par ce problème. Grâce à Twitter et aux blogs, les auteurs de manga peuvent maintenant s’exprimer en leur nom propre sans passer par les éditeurs. Cela aussi marque une grande différence ».

Dessin : Shiriagari Kotobuki