D’anciens rites encore vivants en l’honneur du buri
Autrefois au Japon, l’âge d’une personne correspondait au nombre de Nouvel An qu’elle avait vécu : un Nouvel An, un an de plus. Et pour fêter cet « anniversaire groupé », il était de tradition de déguster en famille un plat de poisson appelé « poisson d’anniversaire ». Dans l’est du Japon, il s’agissait généralement de saumon. Mais dans l’ouest, c’était le buri. Et cette coutume perdure toujours. Pour certains ethnologues, le Japon est partagé par une ligne structurelle forte, le long de la faille tectonique Itoigawa-Shizuoka, au nord-est de laquelle s’est développée une civilisation du saumon, alors que la culture du sud-ouest était centrée sur le buri.
La préfecture de Toyama fait partie de la zone de la « culture du buri ». Dans les temps anciens, les buri, salés pour la conservation, étaient exportés jusque dans les régions de Hida et Shinshû. Ces voies commerciales étaient appelées « la route du buri ».
La coutume d’envoyer du buri en cadeau pour la fin de l’année est elle aussi encore vivace. Dans les préfectures de Toyama et d’Ishikawa, il est de coutume pour les parents d’offrir du buri à la famille de son gendre à la fin de l’année du mariage de leur fille, afin de favoriser la carrière de son nouvel époux et aussi pour que leur fille se montre une épouse exemplaire (en jouant sur le mot buri qui signifie aussi « attitude ». Yomeburi signifie « attitude de la mariée »). Dans la préfecture de Fukuoka dans la région de Kyûshû, c’est au contraire la famille du gendre qui envoie du buri aux parents de son épouse.
Au sanctuaire Kamo à Imizu (préfecture de Toyama), le Jour de l’An, les affiliés du temple se partagent et distribuent les buri salés qui ont été apportés en offrande à la divinité : c’est le buri wake shinji (« rite du partage du buri »). Cette façon de célébrer le Nouvel An assure, en mangeant le même mets que la divinité, une année sans maladie.
Les événements en l’honneur du buri ne sont pas rares, et plusieurs sanctuaires, comme celui de Saga à Matsubara (ville de Saga), celui de la ville d'Owase dans la préfecture de Mie, celui de la ville de Jôetsu dans la préfecture de Niigata, organisent également des « Fêtes du buri » pour souhaiter l’abondance de ce poisson.

