Laisser parler l’imagination du spectateur
Brigitte Koyama-Richard Vos tableaux de batailles ne donnent absolument pas une image tragique de la guerre. Ils ressemblent plus à une partie de pique-nique.
Yamaguchi Akira N’ayant pas connu la guerre, je n’en ai aucune image réelle. C’est pourquoi je ressens une certaine résistance à transmettre une image de guerre qui prétende donner l’impression d’une expérience réelle. Il me semble préférable d’exprimer la peur de la guerre faisant comprendre que ce que je peins est « faux ». Il me semble que devant ce tableau, les gens imagineront que la vraie guerre est nécessairement plus horrible que cela.
Brigitte Koyama-Richard Parce que l’imagination laissée au spectateur a un plus grand impact qu’une image imposée.
Yamaguchi Akira Devant un lavis représentant Tokyo « à vol d’oiseau » que j’ai exposé après la catastrophe du 11 mars 2011, quelqu’un y a vu l’image d’une ville engloutie. Pourtant je n’avais pas créé cette œuvre en pensant à la catastrophe, mais il me semble que cette personne avait projeté sa pensée dans le tableau. Quand j’entends ce genre de commentaire, cela me réconforte un peu, je me dis que j’ai peut-être réussi à exprimer l’aspect universel de la ville puisque celle-ci est composée de l’accumulation de la mémoire des gens de toutes les époques.
Brigitte Koyama-Richard Lorsque je regarde vos œuvres, je me pose toujours ces questions : D’où viennent les hommes ? Où vont-ils ? Je suis persuadée que même les Français qui ne s’intéressent pas particulièrement à l’art japonais, se poseront les mêmes questions en découvrant vos tableaux. Je souhaiterais vivement que votre art soit présenté, au musée Guimet ou dans un autre musée européen fréquenté par les connaisseurs. Votre œuvre pourrait bien provoquer un grand retentissement dans l’art occidental.
Coopération : Mizuma Art Gallery, Inc
Photographie de l’artiste : Kawai Satoshi
Photo de titre : The Last Supper 2008 / La Cène 2008 / 2008 / huile, aquarelle et encre sur toile / 80×233cm / photo: OHTA Takumi / © YAMAGUCHI Akira, Galerie d'Art Mizuma
▼A découvrir les œuvres de Yamaguchi Akira
[Diaporama] L’univers de Yamaguchi Akira
(*1) ^ Yamato-e : À l’époque de Heian, on appelle Yamato-e les peintures de paysages ou de scènes de genre dans un style japonais, par opposition au Kara-e, qui désigne les œuvres dans le style chinois. À l’époque de Kamakura, on appellera Kara-e les œuvres importées de Chine des dynasties Song et Yuan et celles réalisées selon les mêmes techniques, alors qu’on continuera à appeler Yamato-e les œuvres qui poursuivront la tradition japonaise de l’époque de Heian. L’école Rimpa et l’Ukiyo-e à l’époque d’Edo se sont développées sur la base de la tradition du Yamato-e.
(*2) ^ Japonisme : Mouvement artistique apparu à la fin du XIXe siècle à la suite de l’exposition d’objets d’art japonais à l’Exposition Universelle de Paris et l’importation en grand nombre d’estampes japonaises. Son influence sur les impressionnistes fut considérable.
(*3) ^ Photographie : En 1826, le Français Niepce (1765-1833) réalise la première photographie du monde en utilisant le dispositif de la « camera obscura ». Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le succès des portraits photographiques est tel que de nombreux peintres se sont tournés vers la photographie.
(*4) ^ Perspective : Technique de dessin qui représente l’objet dans sa distance relative par rapport au point de vue de l’œil humain, en fixant un point de fuite.



