Des procédés de plus en plus sophistiqués
En 1928, Aoki Gisaku, le grand-père d’Akio, a créé un procédé pyrotechnique qui est l’ancêtre des « chrysanthèmes » actuels de son petit-fils. Il consiste en une bombe qui est projetée dans le ciel où elle marque un léger temps d’arrêt avant d’exploser en formant une petite sphère lumineuse, puis une seconde plus grande autour de la première et pour finir, une troisième encore plus grande englobant les deux précédentes. Ces trois sphères concentriques en forme de fleur illuminent le ciel l’espace d’un instant avant de disparaître. Aoki Gisaku a donné à ce procédé le nom de « chrysanthème à fleur triple » (yaeshingiku) et il pensait qu’il n’était pas possible de faire mieux que trois sphères concentriques.
Aoki Tamon, le fils de Gisaku, n’en a pas moins réussi à créer par la suite des chrysanthèmes à quatre sphères. Et il a même été surpassé par un maître artificier d’une autre famille qui a mis au point des chrysanthèmes composés de cinq sphères concentriques.
Aoki Akio espère faire encore mieux en trouvant le moyen de fabriquer un chrysanthème à six sphères. Mais pour cela il doit projeter dans les airs une bombe contenant trois mille « étoiles » qui sont censées se disperser d’une façon très précise en formant six sphères parfaitement concentriques, une tâche pour le moins ardue.
Pour faire « fleurir » un chrysanthème à six sphères dans la nuit, il faut en effet concevoir une bombe qui, une fois lancée à 330 mètres de hauteur, explose en dessinant une immense sphère de 320 mètres de diamètre qui contient elle-même cinq autres sphères parfaitement concentriques de taille décroissante. Les « étoiles » qui constituent la structure extérieure de la fleur brûlent pendant environ six secondes et demie et elles changent jusqu’à sept fois de couleur. Si bien qu’il est extrêmement difficile de distinguer clairement à l’œil nu les six sphères et les sept changements de couleur dans un laps de temps aussi réduit. Aoki Akio est donc en train de tenter de surmonter ce problème en allant jusqu’aux limites du possible.
« Chacun de ces procédés pyrotechniques contient quelque 3 000 grains de poudre et il suffit que l’un d’entre eux ne fonctionne pas correctement pour que l’effet soit complètement raté », explique le maître artificier. « Si une “étoile” se trouve ne serait-ce qu’à un millimètre de l’emplacement qu’elle doit occuper quand la bombe s’ouvre, ce léger décalage se multiplie des milliers de fois et finit par donner à l’ensemble une forme qui n’est pas du tout sphérique quel que soit l’angle sous lequel on le regarde. Pour réussir dans ce domaine, il faut absolument rester attentif au moindre détail. »
Les maîtres artificiers évoluent dans un monde à part où tout se joue dans un instant d’une grande intensité artistique. Ce sont des gens que je côtoie depuis des dizaines d’années dans le cadre de mon métier, et ce qui m’a le plus frappé chez eux, c’est leur incroyable ténacité. Pour moi, la concentration et la détermination dont ils font preuve dans leur recherche de la perfection dans l’expression relève du même ordre que la pratique d’une voie traditionnelle. C’est le même esprit que l’on retrouve chez les artisans japonais comme les potiers ou les laqueurs.




