Le déclin du secteur de la laque au Japon

Au fil des décennies, les laques en provenance de Chine, plus abordables, ont fait leur apparition sur le marché, entraînant le déclin de la production japonaise. Alors à son apogée, l’industrie comptait 150 experts récoltants mais chacun d’entre eux prenant de l’âge, leur nombre a considérablement chuté, si bien qu’il n’en reste maintenant plus que quelques-uns. Cette situation-là, Tobita Yûzô, l’un de ses récoltants de laque urushi, l’avait anticipée. En 2010, il a pris les devants et a collaboré avec le Département municipal de l’agriculture et de la sylviculture de Daigo pour créer la Société de préservation des laqueurs de Daigo, composée de dix récoltants des régions de Daigo et de Nakagawa. Le groupe a également décidé de reprendre des noms utilisés par des artisans locaux, tels qu’Okukuji Urushi ou encore Ibaraki Urushi, sous le nom général Daigo Urushi, notamment en raison de leur importance sur le plan culturel et historique. En 2023, le groupe comptait 18 membres. La relève pourrait même être assurée puisque des jeunes dans la vingtaine ont décidé de rejoindre le groupe et de s’y investir activement.

La Société de préservation a deux activités principales ; promouvoir activement la culture d’arbres à urushi afin d’augmenter la production et former la génération à venir. Autrefois, il s’agissait surtout de plantations à flanc de colline mais maintenant les cultures utilisent des terrains plats, permettant de faciliter leur entretien. Les artisans récoltants aguerris ont à cœur de transmettre leur savoir-faire et leurs techniques, enseignant tout de A à Z aux plus jeunes : comment cultiver les jeunes plants, replanter les arbres, tailler les branches, couper les broussailles, utiliser avec parcimonie les engrais, récolter la sève et abattre les vieux arbres devenus inutiles.

Arbres pendant la récolte de la sève. Les entailles pratiquées sur leur tronc sont bien visibles.
Arbres pendant la récolte de la sève. Les entailles pratiquées sur leur tronc sont bien visibles.

L’artisanat japonais de l’urushi jouit de plus d’un millénaire histoire. Mais aujourd’hui, ce sont pas moins de 98 % du matériau de base, la laque, qui sont importés de Chine notamment. Chaque année, la production nationale de laque se réduit telle un peau de chagrin, tout comme le nombre de récoltants qualifiés. D’une part, le revenu est relativement faible par rapport au temps et au travail exigés pour la récolte, d’autre part, la quantité de laque de bonne qualité est de plus en plus difficile à se procurer. Dans ces circonstances, l’annonce faite par l’Agence des affaires culturelles en 2015 prend toute son importance. Selon cette annonce, la laque récoltée au Japon devra être réservée à la préservation et la restauration des trésors nationaux ou des biens culturels importants. Cela a rendu le Daigo urushi d’autant plus essentiel, en tant que ressource pour la restauration de biens culturels aussi précieux que le pavillon principal du temple Chion-in de la ville de Kyoto, par exemple.

Cette annonce montre bien la difficulté réelle d’obtenir des matériaux de qualité supérieure, une question à laquelle une réponse doit être trouvée, et le plus rapidement possible. Il en va de la préservation de la culture traditionnelle de l’Archipel.

Nidaira Yoshihiro, directeur actuelle de la Société de préservation des laqueurs de Daigo (à droite), et premier directeur et fondateur de la société, Tobita Yûzô.
Nidaira Yoshihiro, directeur actuelle de la Société de préservation des laqueurs de Daigo (à droite), et premier directeur et fondateur de la société, Tobita Yûzô.

(Photo de titre : l’expert Tobita Yûzô récoltant la sève d’un arbre à laque. Toutes les photos : © Otome Kaita)