Anno Hideaki : « Je veux retrouver le choc du premier Godzilla »

Anno Hideaki a mis provisoirement en suspend son travail sur Neon Genesis Evangelion II pour se consacrer entièrement à Godzilla : Resurgence. Pour créer ce nouveau Godzilla, le film qu’il a gardé le plus présent à l’esprit était le Godzilla original, évidemment.

« L’idée de perfection que peut atteindre un film de kaijû (monstre) est déjà totalement contenue dans le premier Godzilla, on ne pourra jamais le dépasser », déclare Anno Hideaki, qui avait commencé par décliner l’offre de la Tôhô. Pour lui, l’existence du premier Godzilla rendait vain tout autre film de monstre : celui suffisait. Mais il s’est attaché au défi d’approcher autant que faire se peut de l’impact qu’avait provoqué le Godzilla original.

« J’ai voulu m’approcher du choc qu’a été le premier Godzilla » (Anno Hideaki, réalisateur général)

« Tout l’intérêt d’un film de kaijû repose à la fois sur l’apparition d’un corps étranger dans le monde réel, et une vision du monde qui ne peut passer autrement que par les effets spéciaux. Alors qu’un film d’animation présente un monde entièrement fictif, un film à effets spéciaux permet de plaquer un monde fictif sur des images du monde réel, voilà l’intérêt primordial des effets spéciaux. »

Pour tirer le profit optimal de ces caractéristiques, Anno Hideaki ne voulait pas d’une « suite » de Godzilla, mais tenait à recréer un cadre fictionnel dans lequel Godzilla apparaît aujourd’hui pour la première fois dans le monde actuel.

« D’ailleurs, je n’aurais eu aucune idée pour me brancher sur les Gozilla de première génération. Pour moi, il était clair qu’on reprenait du début : une réalité dans laquelle les monstres n’existent pas, et tout d’un coup, Godzilla apparaît. Si on ne repartait pas de là, ça n’avait aucun intérêt. »

Anno Hideaki (au centre) et Higuchi Shinji (à sa gauche) donnent leurs consignes aux acteurs qui jouent les membres de la cellule de crise chargée de régler la question Godzilla : Tsukamoto Shinya (à gauche) et Takahashi Kazuo (à droite). (© 2016 TOHO CO., LTD.)

Une recherche maniaque du réalisme

Si Godzilla : Resurgence trace un trait clair entre lui et ses prédécesseurs, cela réside dans une recherche pointilleuse du réalisme.

Tout d’abord, de part l’apparence physique de Godzilla : il a été conçu comme une créature vivante. Bien que tout le monde soit en mesure de le reconnaître au premier coup d’œil, Anno Hideaki, Higuchi Shinji et tout leur staff ont pris tout le temps nécessaire pour réfléchir à tous les éléments nouveaux qu’ils ont ajoutés au modèle, en y mettant toute « leurs connaissances et leur passion », avant d’aboutir au nouveau Godzilla.

Des simulations réelles ont servi de base pour les tirs des forces d’autodéfense sur Godzilla. (© 2016 TOHO CO., LTD.)

Le nouveau Godzilla fait 118,5 m de haut, ce qui lui fait passer la tête au-dessus de la ligne d’immeubles de la ville. Deux fois plus grand que le Godzilla original.

« En supposant un animal de cette taille, pourrait-il supporter son propre poids ? Les calculs ont montré qu’il ne pourrait pas marcher sur deux pattes. C’est pourquoi sa queue est longue et épaisse », explique le producteur Yamauchi Akihiro.

Doté d’une puissance de destruction effrayante, il laisse les centres politiques et étatiques du Japon, Kasumigaseki, Nagatachô, et même Toranomon en cours de travaux pour redéveloppement urbain, en ruine.

D’autre part, pas d’armes de science-fiction comme le « Super X » du Godzilla de 1984.

« Pour rester dans le cadre d’un film de simulation réaliste, la question était de savoir comment les Forces d’autodéfense réagiraient en vrai si un être de la taille de Godzilla apparaissait pour de vrai. Le réalisateur général a donc poussé ses recherches très loin sur l’armement. Par conséquent l’intervention des Forces d’autodéfense, le déploiement de l’attaque sont conformes à ce que nos recherches. Si l’existence de Godzilla est fictive, tout le reste est vrai ! »