Atamayama : 6 ans de production pour un film de 10 minutes
« Je voulais faire des dessins animés que l’on puisse apprécier avec une imagination d’adulte, mais je recevais surtout des commandes pour des films à destination des jeunes. Ce n’était pas exactement la direction dans laquelle je souhaitais aller. Néanmoins, je me suis aperçu que ce qui charment les enfants dans un dessin animé, ou ce qui leur fait peur, ce n’est pas tant l’histoire que les mouvements des personnages ou l’atmosphère à l’écran. Dans ce sens, faire ressortir cette part d’angoisse ou de curiosité qui existe cachée au fond de l’être humain, c’est justement le travail que je cherchais à réaliser à travers la création de films d’animation, même s’il s’agit d’un film pour enfant. »
Le Livre de Babel (1996) est l’un de ces films expérimentaux pour enfants. Dans ce film de cinq minutes, ce n’est pas un univers mignon qui est mis en avant, mais plutôt un monde effrayant. Pourtant, il s’estime peu satisfait par ce travail, essentiellement car la production s’est faite en un mois seulement. C’est l’année suivante qu’il s’est attelé à Atamayama. Et même s’il a répondu à d’autres commandes dans l’intervalle, celui-ci lui a demandé six ans de travail.
Bien que les illustrations originales de Atamayama soient dessinées au crayon, feutre de couleur et stylo bille, plusieurs effets subtils ont été appliqués pour affiner l’expression. Par exemple, du liquide mousseux pour laver les vitres entre aussi parmi les moyens utilisés.
« J’ai digitalisé le mouvement de la mousse pendant que je l’écrasais, pour rendre l’effet d’un vieux film. »
Ce même effet a été réutilisé dans Kafka, médecin de campagne (2007), le plus long film de sa filmographie (21 minutes). Le souvenir lui tire un sourire amer. « Mais j’y suis allé tellement fort que j’ai bousillé un scanner ! »
Atamayama (Mont Tête)
Possibilités et limites des effets numériques
Dans le monde de l’animation, les effets numériques sont en plein progrès et l’animation 3D est à son heure de gloire.
« Je pense que le film digital et celui de l’animation s’accordent bien. L’un des épisodes fondamentaux de l’histoire de l’animation est 1914, date de l’invention du celluloïd. Mais le cell, par ses contraintes techniques, a aussi limité l’esthétique du dessin animé. Impossible de faire une ombre sans peinture acrylique, par exemple. Mais avec l’apparition du digital, n’importe quel support, n’importe quel type de matière colorée, n’importe quel style de dessin, est devenu utilisable en toute liberté. Le digital nous a fait retrouver l’essence de l’animation.
La technique de base de Yamamura Kôji consiste à dessiner sur papier, et de scanner l’image pour la digitaliser. Récemment, dans ses derniers films, il tend à utiliser l’animation en 2D.
« Au niveau mondial, le dessin numérique devient la norme. Or, comme par hasard, tous les films produits avec les mêmes applications à la mode finissent vite par se ressembler. Il est capital de mêler les techniques digitales et les techniques traditionnelles pour trouver une originalité. Si l’on se contente d’un outil digital pour la simple raison qu’il est pratique, cela revient à restreindre le champ des possibles que cette technologie était censée avoir élargi. »

