L’animation est un rêve que l’on fait les yeux ouverts

Le court métrage Parade de Satie (2016), film de 14 minutes et 12 secondes, est l’un des 9 titres publiés dans cette anthologie des œuvres de Yamamura Kôji. Il s’agit d’un film sur le compositeur Érik Satie pour le 150e anniversaire de sa naissance, à partir de sa musique de ballet intitulée Parade. Le film a déjà été projeté dans de nombreux festivals internationaux dans le monde entier.

« Je n’ai pas vraiment fait ce film pour commémorer son anniversaire. En fait, je souhaitais le réaliser depuis déjà une dizaine d’années. C’est une œuvre inspirée de la musique, en particulier de l’orchestration et de l’interprétation de Parade par le musicien de free jazz néerlandais Willem Breuker. »

Érik Satie en chapeau melon et binocle, dans le dessin animé Parade de Satie.

Parade, ballet sur une musique d’Érik Satie pour les Ballets russes de Serge Diaghilev, sur un argument de Jean Cocteau, avec des décors de Pablo Picasso, date de 1917. Devant le chapiteau d’un cirque, les artistes performent leurs tours pendant que les managers interpellent les clients pour les inviter à voir le spectacle. L’œuvre déploie un sens du renouveau artistique par les trois plus grands créateurs avant-gardistes de leur temps. Le caractère absolument révolutionnaire de cette œuvre est reproduit à son tour par l’adaptation animée de Yamamura Kôji et une nouvelle orchestration de Willem Breuker. Satie, Cocteau, et Picasso apparaissent aussi dans l’animation.

Bande-annonce de Parade de Satie

« Dans un court métrage, l’image et la musique sont dans un rapport d’égalité. Il y a des gens qui n’écoutent jamais de Satie, ou jamais de musique contemporaine. On peut penser que pour ces gens-là, mon dessin animé est difficile à comprendre. Mais si, lors d’une occasion quelconque, cette musique leur parvient aux oreilles, et qu’ils regardent ensuite le film, je crois qu’ils seront à nouveau surpris. Si cela pouvait motiver ne serait-ce qu’un seul d’entre eux à vouloir écouter plus de Satie ou du Breuker, je serai très heureux. »

L’eau des rêves, chapitre 1 : Protérozoïque

Dans L’eau des rêves aussi, la musique joue un rôle important. Ce court métrage entièrement dessiné à l’encre de Chine, est composé de 4 chapitres qui retracent l’évolution de la vie dans la mer, jusqu’à la baleine. La première partie, d’une durée de 4 minutes 15, se nomme « chapitre 1 : Protérozoïque ». Le film entier sera fini à l’automne, sans doute. Yamamura Kôji a demandé à la pianiste française Catherine Verhelst de composer la musique, mais seulement après avoir vu chaque chapitre terminé.

Il y a aussi Notes on Monstropedia, un film de 6 minutes 10 dans lequel apparaissent toutes sortes de monstres plus ou moins loufoques, et Kojiki, épisode Hyûga, un film de 12 minutes 6 secondes dont Yamamura Kôji aimerait faire une suite. L’univers de ce créateur présente une grande variété de facettes.

Monstropédia est un répertoire de monstres imaginaires présenté par un savant imaginaire du Moyen-Âge. Un album illustré est également sorti en juillet (éd. Kawade Shobô shinsha)
Kojiki, épisode Hyûga

Yamamura Kôji lui-même a intitulé cette anthologie Migime to hidarime de miru yume (Un rêve à voir avec l’œil droit et l’œil gauche).

« Le titre fait référence à la musique de Satie Choses vues à droite et à gauche (sans lunettes). L’animation est un rêve que l’on fait les yeux ouverts. Un rêve qui fait travailler votre cerveau droit et votre cerveau gauche à plein régime. Mais Satie a ajouté une petite pointe sarcastique avec « sans lunettes ». On regarde à droite, on regarde à gauche, on croit reconnaître des choses comme si c’était évident, mais en réalité, on n’a rien vu… Pour moi, il n’y a pas cette ironie, je souhaite simplement que l’on puisse prendre du plaisir à regarder mes films sans arrière-pensée.

Bande-annonce de Notes on Monstropedia

(D’après un article en japonais de Itakura Kimie, Nippon.com, paru le 3 août 2017. Photos : Ôkubo Keizô)