Une nouvelle stratégie plus complexe et plus efficace

Après les Jeux de Rio, l’équipe japonaise de goalball a changé de tactique de défense en optant pour une formation en V avec les deux ailiers légèrement décalés en arrière par rapport au centre. Elle est ainsi plus flexible et mieux armée pour faire face à différents types d’actions. Elle a par ailleurs renforcé son attaque en mettant à l’ordre du jour les tirs effectués en rotation.

L’équipe nationale féminine japonaise de goalball en pleine action au cours d’un match des championnats handisport du Japon, en février 2019. De gauche à droite, Komiya Masae, Urata Rie et Kakehata Eiko. (© Jiji)
L’équipe nationale féminine japonaise de goalball en pleine action au cours d’un match des championnats handisport du Japon, en février 2019. De gauche à droite, Komiya Masae, Urata Rie et Kakehata Eiko. (© Jiji)

D’après Kakehata Eiko, le tir rapide en rotation est un puissant atout pour franchir la défense adverse. « En pivotant sur lui-même, le joueur déploie une force centrifuge qui amortit le son des grenailles de fer placées à l’intérieur du ballon. Du coup, la défense adverse a moins de temps pour réagir. » Mais cette technique est loin d’être facile à maitriser. « Chaque fois que je rate un tir, je prends conscience du chemin qu’il me reste encore à parcourir avant d’être prête mentalement pour les grands matchs. »

Un sport compatible avec un handicap visuel

Kakehata Eiko est née en 1993, à Yokohama. Elle est la benjamine d’une fratrie de trois enfants. Elle se décrit elle-même comme une petite fille active qui adorait jouer au catchball avec ses deux frères aînés et son père. Son handicap visuel ne l’a pas empêchée de faire du roller et de s’exercer avec une batte de baseball.

À partir du moment où elle est entrée à l’école primaire, elle a rapidement perdu tout intérêt pour le sport. Elle souhaitait pourtant se joindre à ses petits camarades quand ils jouaient au football ou à la balle au prisonnier. Mais comme elle ne voyait pas bien la balle, on ne lui demandait que rarement de faire partie d’une équipe.

Après le collège, la jeune femme est allée dans un lycée réservé aux non-voyants avec l’intention d’apprendre l’acupuncture, comme beaucoup d’aveugles et d’handicapés visuels japonais. Un jour, une amie lui a proposé de se joindre à une équipe locale de goalball. « L’idée de faire du sport m’était complètement sortie de la tête. Mais j’ai tout de suite réalisé que je pouvais pratiquer ce sport qui me plaisait malgré mon handicap visuel. »

Elle dit que le goalball a élargi son horizon et qu’il lui a donné le courage de faire ce qui l’intéressait, précisant que sa famille l’a soutenue « sans relâche », y compris lorsqu’elle a décidé de poursuivre son cursus scolaire. À la fin de ses études secondaires, elle a suivi des cours de dessin textile à l’Université d’art et de design de Yokohama.

Les fruits d’un travail personnel acharné

Kakehata Eiko raconte que pour s’orienter, elle a toujours utilisé l’ouïe et l’odorat plutôt que la vue, et ce depuis sa plus tendre enfance. « En général, j’entends les gens avant qu’ils ne sonnent à la porte et j’arrive à me promener dans mon quartier en me fiant simplement aux odeurs. » Et si elle est devenue une joueuse de goalball aussi remarquable, c’est en grande partie grâce à l’attention qu’elle porte au monde qui l’entoure.

La para-athlète insiste par ailleurs sur le fait que c’est à force de travail personnel acharné qu’elle a développé les capacités de tir qui sont les siennes à l’heure actuelle et que son illustre père n’y est pas pour grand-chose. « Il a été une vedette de baseball bien avant ma naissance. Et comme ma mère ne s’intéressait pas du tout à ce sport, je n’ai appris que très tard que j’étais la fille d’un célèbre lanceur », ajoute-t-elle en riant. « Mon père a essayé de me donner des conseils, mais ses explications étaient si mauvaises que je n’ai rien compris et que je lui ai même demandé d’arrêter. »

Quand la conversation revient à nouveau sur les Jeux paralympiques de Tokyo, le visage de Kakehata Eiko change du tout au tout. « Je n’ai qu’une seule idée en tête, remporter la médaille d’or, à tout prix », affirme-t-elle avec le plus grand sérieux. Et à en juger par sa confiance et sa détermination, les équipes rivales n’ont qu’à bien se tenir !

Kakehata Eiko avec la balle sonore -circonférence : 76 centimètres ; poids : 1,25 kilo - utilisée dans le goalball. Le principal objectif qu’elle s’est donné à l’approche des Jeux paralympiques de Tokyo 2020 est d’améliorer la précision de ses tirs.
Kakehata Eiko avec la balle sonore de goalball (circonférence : 76 centimètres ; poids : 1,25 kilo)

(Photos : Hanai Tomoko)