Un projet soutenu par la communauté scientifique japonaise toute entière

Culture d’euglènes destinées à la production d’un biocarburant

Pour mettre au point les techniques de culture dont ils avaient besoin, Izumo Mitsuru et ses deux associés ont contacté tous les chercheurs du Japon qui travaillaient sur les euglènes. Impressionnés par l’enthousiasme des trois entrepreneurs, un grand nombre de scientifiques leur ont apporté leur soutien en les faisant bénéficier de l’aide du secteur public et du secteur privé, et notamment de centres de recherches et d’institutions prestigieux comme l’Université de Tokyo, l’Université préfectorale d’Osaka et l’Université du Kinki. Et dès la fin de l’année 2005, les trois hommes sont arrivés à cultiver des euglènes à l’air libre en grandes quantités, une première mondiale.

Culture d’euglènes avec des gaz émis par une centrale thermique. La différence de couleur des euglènes avant l’adjonction de gaz (à gauche) et une semaine après (à droite) est très nette. La couleur vert foncé indique que les euglènes se sont multipliées plus rapidement en présence de dioxyde de carbone.

Le secret de la réussite d’Izumo Mitsuru et de ses deux partenaires, c’est qu’ils ont abordé le problème qu’ils voulaient résoudre sous plusieurs angles, autrement dit par la méthode de la pensée latérale. En utilisant les techniques de culture conventionnelles, ils avaient constaté que d’autres microorganismes que les euglènes se développaient en même temps que ceux-ci et qu’ils commençaient à les dévorer. Les trois hommes ont d’abord essayé, sans succès, de créer un milieu capable de protéger les euglènes de leurs prédateurs. Ce que voyant, ils ont changé de perspective et cherché un environnement où seules les euglènes pouvaient survivre. Et c’est grâce à ce revirement et à ce nouveau concept radicalement différent qu’ils sont parvenus à produire une profusion de ces microorganismes dans un grand réservoir à l’air libre.

Izumo Mitsuru attribue le succès sans précédent de son équipe au soutien énorme dont elle a bénéficié. « Des chercheurs de tout le pays ont apporté leur soutien à notre projet d’améliorer le monde avec les euglènes. On peut vraiment dire que le Japon tout entier s’y est associé », explique-t-il.

Aujourd’hui, Euglena Co. Ltd reçoit des questions sur l’emploi des euglènes provenant du monde entier. Pour répondre à cette demande croissante, l’entreprise doit optimiser la culture de ces microorganismes de façon à obtenir une production de haute qualité et plus fiable. C’est ce qu’elle s’emploie déjà à faire dans ses installations de l’île d’Ishigaki, dans la préfecture d’Okinawa. Euglena produit sur place plusieurs types d’euglènes destinés à la fabrication de produits alimentaires ou de biocarburants, qui sont ensuite envoyés à d’autres centres de recherches.

Un carburant à base d’euglènes pour les avions

Les humains ne resteront pas les seuls à profiter des qualités nutritionnelles des produits alimentaires d’Euglena. Le bétail pourrait un jour lui aussi en bénéficier. L’entreprise continue par ailleurs à faire des recherches sur l’utilisation des euglènes pour fixer le dioxyde de carbone et fabriquer des biocarburants, en partenariat avec des universités et des firmes de tout le Japon.

Mais le projet le plus surprenant, c’est probablement celui de faire voler un avion à réaction avec un carburant à base d’euglènes. On a tout lieu d’espérer qu’il se réalisera dans un avenir proche parce que ces protistes contiennent une huile produite par leur métabolisme qui s’accumule dans leur organisme et dont la composition est comparable à celle du carburant pour les avions.

Euglena Co. Ltd envisage aussi de mettre les euglènes à contribution pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ces microorganismes sont capables de synthétiser la lumière du soleil même en cas de forte concentration de dioxyde de carbone. Il devrait donc être possible de limiter les émissions de CO2 des centrales thermiques qui utilisent des combustibles fossiles, en cultivant des euglènes dans les gaz émis par les dites centrales. Ce système aurait de surcroît le mérite de favoriser la culture des euglènes. Des recherches dans ce sens et des expériences prometteuses sont en cours.