« Je n’aime pas perdre ! »

— On dirait que votre handicap vous a toujours servi de moteur.

T.S. C’est vrai. Par exemple, pendant un match de hand-ball, certains adversaires hésitaient parce qu’ils voyaient qu’il me manquait un bras, ils se disaient qu’il ne fallait pas me toucher. Dans ces cas-là, je demandais à mes coéquipiers de me faire le plus de passes possibles, j’y allais à fond. J’inscrivais tellement de points que les autres étaient sidérés, et ensuite ils me marquaient. À partir de là, c’est moi qui faisais au contraire des passes à mes coéquipiers. En fait, je n’aime pas perdre ! Je crois que c’est cela qui me donne cette soif de victoire. Et puis, c’est agréable de surprendre les gens, de leur en mettre plein la vue.

— Le hand-ball est un sport d’équipe, tandis qu’en athlétisme, on est seul. Qu’est-ce qui a été le plus dur pour vous, dans cette nouvelle discipline ?

T.S. De me concentrer sur moi-même. Au hand-ball, j’étais capitaine, j’accordais mon jeu à celui de mon équipe, je prenais souvent mes décisions en m’adaptant aux autres, en fonction de leur expression, leurs paroles, leurs mouvements. Mais en athlétisme, c’est uniquement sur soi-même qu’il faut se focaliser. Par exemple, si, avant une course, un téléphone sonne, je suis du genre à le remarquer. Je n’arrive pas à atteindre un état de concentration totale. C’est mon caractère, j’aime trop regarder autour de moi. Mais je commence à faire des progrès.

— À Rio, vous avez remporté la médaille de bronze.

T.S. Oui, mais je suis restée sur ma faim. Quand vous recevez votre médaille, vous êtes content, mais juste à côté de vous, quelqu’un d’autre reçoit la médaille d’or. Donc, oui je suis contente, mais satisfaite, pas encore.

— Dans d’autres disciplines, les records paralympiques sont parfois supérieurs aux records olympiques. On prévoit que ce sera de plus en plus souvent le cas. Quel avenir voyez-vous pour les parasports ?

T.S. Cette fois-ci, j’ai remporté une médaille, mais j’ai horreur qu’on pense que j’y suis arrivée parce que c’est du handisport. En athlétisme, comme les temps sont affichés, on peut facilement comparer avec les Jeux olympiques. Les sportifs paralympiques ne se fixent aucune limite, tout comme les autres sportifs. J’aimerais qu’on nous regarde avec la même admiration. J’espère faire partie des athlètes qui réduiront l’écart entre Jeux olympiques et paralympiques.

Photos : Ninagawa Mika
Interview et texte : Zoshigaya Senichi
(Traduction d’un extrait d’un article paru dans GO Journal)