L’abdication de l’empereur Akihito : une décision bien accueillie par les jeunes

À la question « Quelle est l’information récente concernant la maison impériale qui vous a le plus fortement marqué ? », 15 personnes ont mentionné l’abdication de l’empereur et 3, le nom de la nouvelle ère. 6 ont cité les remous créés par le report du mariage de la princesse Mako, la fille ainée du prince Akishino – le frère cadet de l’empereur Naruhito – avec son fiancé Komuro Kei. Sans doute à cause du battage médiatique que l’événement a suscité dans la presse et à la télévision.

Le Code de la maison impériale ne contenant aucun article à son sujet, l’abdication de l’empereur a soulevé une polémique chez les hommes politiques et les spécialistes en la matière. Mais qu’en pensent les jeunes japonais ?

Sur les 30 personnes interrogées, 26 ont approuvé la décision d’abdiquer de l’empereur Akihito, même si c’est pour des raisons différentes. Les motifs invoqués étaient notamment « le respect de l’intention de Sa Majesté », « l’inquiétude pour la santé de Sa Majesté en raison de son grand âge », et « la limite d’âge pour exercer une fonction, comme tout le monde ». Aucun jeune ne s’est déclaré opposé à l’abdication et 4 ne se sont pas prononcés.

Un étudiant de troisième cycle d’une autre université âgé de 24 ans, qui était venu à Tôdai pour un séminaire, a fait un commentaire détaillé à ce propos. « L’abdication d’un empereur, ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel du point de vue historique. Il n’y a aucune raison de s’y opposer. Comme il s’agit de la volonté de l’intéressé, on ne peut que l’approuver. En épousant par amour Shôda Michiko , l’empereur retiré (Akihito) a transgressé l’usage de longue date des mariages arrangés entre membres de la maison impériale ou entre ceux-ci et les grandes familles de l’aristocratie. Ce faisant, il s’est comporté comme une personne de notre époque et il est devenu le symbole d’un Japon en train de se transformer. C’est pourquoi il n’y a pas lieu de se préoccuper pour son abdication. Contrairement au système impérial qui n’a absolument pas changé, l’empereur Akihito est un personnage qui évolue avec son temps. Le contraste entre les deux a d’ailleurs quelque chose de problématique. »

La porte rouge de l'Université de Tokyo
La porte rouge de l’Université de Tokyo (Tôdai)

Les jeunes japonais ne sont absolument pas favorables à l’abolition du régime impérial

Les jeunes japonais que nous avons interrogés ont donc une opinion dans l’ensemble positive de la maison impériale et de l’abdication de l’empereur Akihito.  Voyons maintenant comment ils considèrent l’avenir du système impérial. 27 sur 30 ont répondu qu’il fallait qu’il continue, 3 ne se sont pas prononcés et aucun n’a dit qu’il devait être aboli. On peut toutefois répartir les réponses favorables au maintien du régime impérial en trois catégories suivantes qu’elles sont enthousiastes, modérées ou vagues.

Les jeunes les plus enthousiastes ont déclaré entre autres : « Le système impérial fait partie des traditions du Japon. Pour les Japonais, la maison impériale est quelque chose d’important. Le régime impérial est dans une certaine mesure le garant de la stabilité de la société japonaise. C’est pour cela qu’il fait bon y vivre. » Ceux qui se sont montrés plus modérés ont fait valoir des arguments tels que : « Que va-t-il se passer si les Japonais abolissent une institution qui a duré si longtemps ? » « Qui plus est, il n’existe pas de meilleur système pour le remplacer. Et si on le supprime dans la précipitation, cela risque de semer le désordre dans le pays. » Les réponses de type « vague » étaient particulièrement nombreuses dans la rue commerçante de Shibuya. En voici quelques exemples : « Tant qu’il y a la paix, tout va bien. » « Je ne vois rien de particulier à y redire. » « Je ne sais pas trop pourquoi, mais si ça continue, tant mieux ! »

Une lycéenne de 17 ans de la ville de Kawasaki, dans la préfecture de Kanagawa, en visite au sanctuaire Yasukuni, a dit ce qui suit d’une voix calme. « L’empereur est un symbole et il n’a aucun pouvoir politique. Je pense que c’est une très bonne chose qu’il se rende en visite officielle à l’étranger pour approfondir les liens d’amitié entre le Japon et les autres pays. Mais il semble aussi que les dépenses liées à la maison impériale notamment son administration et son entretien coûtent cher aux contribuables. Je pense donc qu’il serait bon de chercher le moyen de remédier à cette situation. » (Lire également notre article : Une transition impériale qui se compte en milliards de yens)