La naissance d’une librairie coréenne à Tokyo

L’année 2015, c’est aussi celle où Kim a ouvert Chekccori, un café/librairie coréen à Jimbôchô, au cœur du quartier des livres de Tokyo. L’établissement se spécialise en littérature coréenne, avec environ 4 000 volumes en stock, y compris des traductions publiées par Cuon et des ouvrages venant directement de maisons d’édition en Corée. Le magasin a rapidement attiré les amateurs de littérature coréenne de la capitale.

Les étagères sont bien remplies de romans, anthologies, essais, livres illustrés, BD, manuels de langue et magazines
Les étagères sont bien remplies de romans, anthologies, essais, livres illustrés, BD, manuels de langue et magazines.

Kim n’a pas lésiné en idée innovantes afin de rapprocher les Japonais des œuvres coréennes, comme par exemple des cours de traduction et des voyages organisés pour visiter les lieux ayant servi de cadre aux romans à succès. Avant la pandémie de Covid-19, la librairie organisait également des rencontres avec des auteurs, éditeurs et traducteurs, mettant en place environ 100 événements de ce type par an, y compris des conférences, lectures et concerts.

Le secret du succès : consolider une communauté de fans

Kim se veut toujours plus créative. Elle nous confie alors son objectif futur : « Je voudrais faire naître une nouvelle communauté d’amateurs de littérature coréenne au Japon, qui soit capable de partager son charme et ses qualités à autant de personnes que possible. »

Le festival littéraire organisé par K-Book, une fondation dont elle est directrice déléguée, est une autre de ses initiatives. L’édition 2020 du festival, qui s’est déroulée en ligne, comprenait une série de manifestations dont des lectures et interviews d’auteurs, des tables rondes de traducteurs, un dialogue entre des maquettistes japonais et coréens, et des présentations de 26 maisons d’édition qui ont fait découvrir leurs œuvres préférées parmi celles publiées. Kim pense que de tels évènements créent un lien plus fort entre les écrivains, les éditeurs qui produisent les livres, et les lecteurs qui les soutiennent.

La fondation organise de même un concours de traduction pour révéler des traducteurs talentueux, qui aideront peut-être à toucher un public encore plus varié. En clair, on peut dire que la synergie créée par ces manifestations a contribué à la popularité des œuvres coréennes au Japon aujourd’hui.

La K-lit vers un avenir prometteur

La preuve frappante du nouvel engouement pour la K-lit se voit dans le nombre de maisons d’édition cherchant à publier des traductions de livres coréens. Selon la fondation K-Book, entre 2020 et 2021, ce sont plus de dix maisons d’édition qui ont publiés des recueils d’essais coréens traduits en japonais. Et le nombre total de traductions de livres coréens, tous domaines confondus, a presque triplé.

« Les œuvres de science-fiction par des auteurs qui ont la trentaine réussissent particulièrement bien », analyse Kim.

Kim pense que la littérature coréenne possède un fort potentiel à l’avenir. « Je suis persuadée qu’elle attirera un public de plus en plus large au Japon dans les années à venir. Elle ajoute : « En Corée du Sud, c’est tout à fait courant que les gens citent des auteurs japonais tels que Murakami Haruki et Higashino Keigo parmi leurs auteurs préférés. Je pense que ce sera la même chose au Japon bientôt. Par exemple, les gens se diront fans de Han Kang et attendront avec impatience la parution des toutes dernières œuvres de leurs auteurs préférés. »

(Photo de titre : Kim Seung-bok dans sa librairie Chekccori du quartier de Jimbôchô, à Tokyo. Photos : Kodera Kei)