La puissance militaire de la Chine

— Que pensez-vous de la puissance militaire de la Chine ?

ARMACOST  Je pense que la modernisation de l’armée, qui est partie de très bas, a fait de remarquables progrès. Si vous augmentez le budget de la défense à des rythmes à deux décimales pendant vingt ans, vous pouvez vous acheter beaucoup de puissance militaire. C’est le premier point.

Le second, c’est que la Chine empiète bien davantage sur nos intérêts. Pendant la guerre froide, ses forces étaient déployées à la frontière nord du pays, dans le cadre d’une stratégie globale d’endiguement de l’Union soviétique. Quand la guerre froide a pris fin, Pékin a pu redéployer ses forces vers les régions du littoral et les îles, et maintenant les Chinois sont en train de renforcer leur flotte de haute mer. Cela ne devrait pas nous surprendre. Nous avons un commerce mondial. Ils ont une diplomatie mondiale des ressources. Ils ne veulent pas abandonner la protection des routes maritimes à notre Septième flotte. Toujours est-il que la Chine exerce dans les eaux asiatiques une présence inconnue jusqu’ici, et cela change la donne.

Le troisième point, c’est que le renforcement des capacités de la Chine s’est accompagné en 2010 d’un virage vers une diplomatie plus assurée : extension des revendications en mer de Chine méridionale, soutien à la Corée du Nord allant jusqu’à la protéger des conséquences diplomatiques de ses menées agressives contre la Corée du Sud, tactiques diplomatiques d’intimidation à l’encontre du Japon sur la question des îles Senkaku. Le cumul d’une diplomatie sûre d’elle-même et du renforcement de la puissance militaire a de quoi inquiéter. Mais voici en fin de compte ce que j’aurais à dire : n’en rajoutons pas en ce qui concerne le potentiel militaire de la Chine. Elle est vraiment partie de très bas. Nous avons de redoutables alliés tels que le Japon, l’Australie, la Corée du Sud et d’autres encore. Elle n’a aucun partenaire stratégique impressionnant. Nous opérons dans son voisinage. Elle ne peut pas opérer dans le nôtre, et n’est pas près de le faire. Nous sommes en train de sortir de guerres coûteuses, à l’issue incertaine, en Iraq et en Afghanistan, et nous avons l’intention de nous focaliser davantage sur la région Asie-Pacifique. La Chine est en train de renforcer sa puissance militaire, mais elle a par ailleurs tout un éventail d’intérêts à défendre, si bien qu’elle est contrainte de faire des choix.

Tous ces facteurs, me semble-t-il, travaillent en notre faveur. Sans compter que la Chine est confrontée à d’énormes problèmes intérieurs. Elle a beaucoup de voisins redoutables, et nous avons vu que ceux-ci n’apprécient pas qu’elle empiète sur leurs intérêts. Cela ne fait qu’aggraver leur scepticisme quant à ses intentions et d’accroître leur désir de nous avoir à portée de main pour faire contrepoids. Bref, je n’échangerais pas les problèmes des États-Unis contre ceux de la Chine.