Un premier pas pour raconter notre propre histoire
Voilà un quart de siècle que le YIDFF est une vitrine au service du film documentaire. Le « Festival de l’image des peuples premiers », projeté comme une programmation spéciale en 1993, est l’une des sections représentative de cette mission.
« Les peuples premiers ont longtemps été oppressés. Y compris au niveau de leur image, puis qu’ils n’étaient que des sujets dans des films conformes à l’image que leurs dominateurs avaient d’eux. Mais ils ont eux aussi envie de raconter leur histoire avec leurs propres mots. En 1993, le festival de Yamagata avait profité du calendrier des Nations Unies “1993, Année internationales des peuples indigènes” pour monter une programmation spéciale qui s’est intitulée “Festival de l’image des peuples premiers”. »
En principe, ce sont les organisateurs d’un festival de cinéma qui décident les films de leur sélection. Pour le Festival de l’image des peuples premiers, la sélection a été confiée à l’Organisation des cinéastes autochtones. Ce fut la réponse du festival à leur demande qui disait : « Jusqu’à maintenant, les gens ont utilisé notre image comme bon leur semblait. Si vous faites la programmation, ce sera encore la même chose. Alors que si vous nous confiez ce droit de programmation, le festival de Yamagata fera là un geste historique ».
« La programmation fut de fait extrêmement variée. Un film des Kayapos du Brésil montrait des images de braconniers dans la forêt amazonienne, filmées par des amateurs qui touchaient une caméra vidéo pour la première fois, pour protéger leur forêt. Mais il y avait aussi des films très sophistiqués, dans un style de film de fiction, ou d’autres œuvres déjà diffusées dans le monde entier. Cet éclectisme exprimait leur volonté de “contrôler leur propre image”. J’ai vraiment eu l’impression d’assister à une page de l’histoire, et même en ma position d’interprète, j’en avais la chair de poule. »
Autre événement, quand le Grand Prix du YIDFF fut attribué à Black Harvest (de Robin Anderson et Bob Connolly). Ce film montre la coopération et parfois les conflits entre les propriétaires métisses des plantations de café et les leaders des tribus autochtones qui rêvent de modernisation, sur les hauts-plateaux de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les cinéastes des peuples premiers en furent très mécontents, jugeant que ce film « ne sortait pas d’un point de vue néo-colonialiste », et « ne considérait pas les personnages d’un regard humaniste ».
« Même aujourd’hui, je suis encore du même avis que l’Organisation des cinéastes autochtones. Merata Mita, cinéaste Mâori, faisait partie du jury cette année-là. Je pense qu’elle a dû faire face à un poignant dilemme. Alors qu’elle avait passé toute sa vie à s’opposer à ce type de films, comment pouvait-elle rentrer dans son pays, la Nouvelle Zélande, après cela… D’ailleurs, les cinéastes des peuples premiers se sont levés et ont quitté la salle en silence avant la projection le jour de la remise des prix, afin de ne pas humilier les organisateurs. Un doigté que seuls des vétérans des longues luttes peuvent maîtriser, c’est ce que j’ai senti ce jour-là. »
