La voie du succès

——Il n’est pas aisé pour un jeune écrivain de faire publier son premier roman. Comment cela s’est-il passé ? Quelle a été la réaction du public ?

GIL Je n’y avais certainement jamais pensé auparavant, mais ce roman a été auto-édité sur Amazon. J’ai achevé l’écriture au début 2012. À ce moment, le milieu de l’édition espagnole était frappé par une double crise. La récession avait déjà commencé bien avant, et à cela s’est ajouté une diminution drastique de la consommation d’ouvrages culturels. Dans cette situation, il était très difficile pour de nouveaux auteurs comme moi de voir publier leur travail.

Alors ce que j’ai fait, c’est postuler pour le Prix littéraire Fernando Lara, une section parallèle du Prix Planète. Ainsi j’étais au moins assuré que le comité de sélection du Prix lirait mon travail.

À ma grande surprise, non seulement mon roman a été lu par le jury, mais il est même resté jusqu’à la sélection finale. Avant la crise, être dans la « short list » du Prix Fernando Lara aurait suffit pour qu’il soit publié, mais ce n’est malheureusement plus le cas aujourd’hui. L’éditeur Planète a conservé une option sur les droits de publication pendant un an, mais ne m’a proposé qu’une édition électronique. Ce qui aurait toute autre possibilité de publication, papier ou électronique, avait un autre éditeur. Je n’étais donc pas d’accord. Ce n’est qu’un an plus tard que j’ai pu présenter mon manuscrit à d’autres éditeurs. Qui l’ont trouvé intéressant, mais l’ont malheureusement refusé parce qu’il traitait d’un thème avec lequel le marché espagnol n’était pas familier. Et que mon nom ne disait encore rien à personne, évidemment.

Finalement, j’ai décidé de le vendre sur Amazon. Les réactions des lecteurs ont été très positives. Les critiques favorables sont devenues de plus en plus nombreuses, il y en a aujourd’hui plus d’une centaine. J’ai également eu des demandes d’interview de la part des média.

Toutefois, cela n’a rien de facile. Amazon est un désert, et un écrivain comme moi n’est qu’un grain de sable au milieu de ce désert. Les auteurs qui ont du succès sur Amazon sont ceux qui sont déjà publiés chez les grands éditeurs papier et ont déjà un lectorat qui les suit.

Le troisième roman en cours d’écriture

——Dites-nous un mot de votre prochain travail.

GIL Après l’écriture du Guerrier à l’ombre des cerisiers, et compte tenu de la réaction du milieu de l’édition, j’ai décidé de consacrer mon livre suivant à un sujet qui m’était un peu plus familier, un thriller futuriste, qui se déroule dans la deuxième moitié du XXIe siècle : Les fils du Dieu binaire. J’y ai introduit quelques éléments sur la culture japonaise, et il y a même quelques personnages japonais, mais cela n’a aucun rapport avec mon premier roman. Celui-ci sera publié par Penguin-Random House. Ils ne connaissaient pas mon premier roman, mais si Les Fils du Dieu binaire marche bien, il est possible qu’ils publient ensuite le Guerrier dans l’ombre du cerisier.

D’autre part, je suis actuellement en train d’écrire un troisième roman, de nouveau dans le contexte historique japonais des Provinces combattantes, mais environ vingt ans plus tôt que le Guerrier dans l’ombre du cerisier. Le héros est l’interprète japonais qui accompagne les missionnaires envoyés par François Xavier lors de leur retour en Espagne. Ces Jésuites étaient en quelque sorte des ethnologues. Ça racontera l’histoire du retour obligé au Japon de cet interprète pour enquêter sur une série d’événements qui se sont produits pendant la mission. Il y a quelques personnages espagnols, mais la majorité des personnages seront Japonais.

(L’interview a été réalisée à Tokyo, le 1er mai 2015. Photographie de titre prise par Grace Berg dans le jardin de Hama Rikyû à Tokyo.)