Le mobile de l’assassin n’était pas ce qu’il fallait écrire

Il a entamé l’écriture du roman sans savoir lequel des trois jeunes aux origines inconnues serait le meurtrier en fuite, Yamagami Kazuya. « Au début, j’ai écrit en me concentrant sur qui était crédible en tant que Yamagami, afin de chercher le mobile de son crime », explique l’auteur. Mais à partir d’un certain moment, il n’a plus vu les chose de la même façon.

« J’ai eu le sentiment que l’important pour la narration n’était pas de comprendre pourquoi cet homme avait tué. Finalement, je ne comprenais pas son mobile moi-même. Bien sûr, il aurait été simple de faire semblant de le savoir, mais je me suis dit que ce n’était pas ce que je voulais. Il y a des crimes dont on ne comprend pas les mobiles. D’ailleurs, lorsque le roman a été publié en feuilleton, j’ai inclus des témoignages des parents et des amis de Yamagami. Mais lorsqu’il est paru sous forme de livre, j’ai supprimé ces sections. Parce que je me suis dit qu’elles n’étaient finalement pas nécessaires pour le roman. »

Les meurtres se produisent parfois sans motif clair.

Les ténèbres du cœur de Yamakami qui a écrit en lettres de sang le mot « colère » sont impénétrables. Mais le roman ne cherche pas l’origine de la colère de ce meurtrier, mais décrit la colère des gens qui ont affaire aux trois jeunes hommes. La colère que l’on ressent contre soi-même lorsque l’on est incapable de croire quelqu’un qui compte pour soi, et que l’on aimerait croire, et la colère vers l’autre qui vous a trahi. Le roman tout entier est imprégné de l’impression de fermeture, d’angoisse, qui émane de la société contemporaine dans laquelle chacun a du mal à faire confiance à autrui, se méfie des autres.

« Autrefois, il était peut-être plus fréquent de se rapprocher activement de quelqu’un qui par exemple aurait emménagé près de chez vous, d’établir une communication avec lui. Quelqu’un capable de le faire n’a pas peur parce qu’il approche l’autre en le considérant comme son semblable. Mais la société a changé et aujourd’hui, si un étranger devient votre voisin, on hésite à s’impliquer. Encore plus si l’on souhaite que tout se passe bien. »

Le réalisateur du film, Lee Sang-il, a déjà travaillé avec Yoshida pour le film Akunin, sorti en 2010 (il a co-réalisé le film et co-écrit le scénario avec l’auteur). « À travers ce roman, Yoshida lutte seul, dans notre époque où on a du mal à faire confiance aux autres. J’ai senti qu’il fallait montrer cela au monde sous la forme d’un film », a-t-il déclaré le 11 juillet lors de la conférence de presse donnée à la fin du tournage.

La conférence de presse de fin du tournage. Le réalisateur Lee Sang-il est la dernière personne sur la gauche au premier rang, et l’auteur est derrière lui au second rang. (Photo : Ôtani Kiyohide, nippon.com)

« Je suis un romancier, Lee est un réalisateur. Si nous voulons dire quelque chose sur l’état du monde, nous ne pouvons le faire que sous la forme d’une création. Écrire a un sens pour moi si une seule personne, comme le fait Lee, est prête à accepter ce que j’ai écrit. Ce que j’espère plus que tout, c’est que ce que j’ai cherché à exprimer soit transmis à ceux qui verront le film. »

Il a écrit un projet de scénario basé sur Colère et l’a envoyé à ce réalisateur à qui il fait confiance parce qu’il avait le sentiment qu’il y avait dans ce roman des éléments liés à ceux présents dans Akunin. Quand il lui a demandé ce qu’il en pensait, Lee lui a répondu qu’il aimerait réaliser ce nouveau scénario. Yoshida voulait que ce film ait un casting en or, à la manière d’Ocean Eleven.

Outre la star internationale qu’est Watanabe Ken, de jeunes acteurs déjà très connus interprètent magnifiquement des rôles qui vont à l’encontre de leur image. Sakamoto Ryûichi a composé la musique. Yoshida va beaucoup au cinéma, et voit des films japonais et non-japonais, d’actions ou autre. Il affirme avoir regardé ce film non comme l’auteur de l’œuvre originale, mais comme un cinéphile. La première chose qu’il a ressenti était qu’il s’agissait d’un film japonais comme il n’en avait encore jamais vu, un film d’un genre différent de tout ce qu’il connaissait.

Maki Yōhei (Watanabe Ken, en haut à gauche), un homme qui travaille dans une coopérative de pêche de Chiba est le prèe d’Aiko (Miyazaki Aoi), sa fille unique, qu’il a élevée seule après la mort de sa femme. Quand elle s’enfuit et va travailler dans un bar à Tokyo, il va la chercher et la force à rentrer à la maison (en haut à droite). C’est alors qu’elle tombe ensuite amoureuse de Tashiro Tetsuya (Matsuyama Kenicihi) qui travaille sur le port. Fujita Yûma (Tsumabuki Satoshi), un employé d’une grande entreprise de communication à Tokyo, s’éprend d’Ônishi Naoto (Ayano Gō), un jeune homme qu’il a rencontré à Shinjuku, et commence à vivre avec lui (en bas à droite). Komiya Yamaizumi (Hirose Suzu), qui s’est installée avec sa mère sur une petite île d’Okinawa, fait connaissance, sur une île inhabitée, avec un routard qui dit s’appeler Tanaka Shingo (Moriyama Mirai) et se sent attirée par lui (en bas à gauche). © Ikari Production Committee