Les Jeux olympiques, une scène grandeur nature
C’est ainsi qu’à l’expérimentation et au message porté par l’art des médias, des éléments propres aux œuvres de Manabe Daito, vient s’ajouter une facette physique, à travers la proximité et l’expérience dans le divertissement. Avec MIKIKO, il travaille l’expression expérimentale dans les spectacles de Perfume comme dans ceux de sa compagnie de danse féminine ELEVENPLAY.
« Par exemple, nous avons capté les mouvements des danseuses pour les faire reproduire simultanément par une nuée de drones. Ou alors, nous avons installé les spectateurs sur des sièges autonomes, avec un casque de réalité virtuelle, pour expérimenter des allers et retours entre les mondes virtuel et réel. Des images et des sons, du matériel et des logiciels, des personnes en chair et en os : nous avons tenté de fusionner tous ces éléments. L’expérience ainsi accumulée a débouché sur la performance live aux Jeux de Rio. »
La cérémonie de clôture des Jeux olympiques, un événement planétaire. Le prestige du Japon était en jeu, et l’échec impensable. Miser sur une performance live représentait un risque réel. Les images en réalité augmentée élaborées en captant en temps réel les mouvements des danseurs, la lumière et les couleurs des cadres lumineux clignotants… tout synchroniser à la perfection nécessitait la mise en place d’un système hautement sophistiqué, établi à force de simulations détaillées.
« C’était une tentative sans précédent : après l’apparition du Premier ministre, projeter en réalité augmentée des images des 33 disciplines disputées aux prochains Jeux. Cela devait se passer en temps réel pour que l’effet soit vraiment marquant. Une infographie toute prête aurait manqué de saveur. Puisque les spectateurs du monde entier regardaient le spectacle en direct, les images devaient elles aussi être live. L’idée n’est pas d’utiliser une technologie nouvelle, mais de montrer le direct, pour faire vibrer les gens. »
L’annonce des Jeux de Tokyo a été une réussite qui a fait grimper en flèche la notoriété de Manabe Daito et de Rhizomatiks. Ses œuvres sont de plus en plus souvent présentées à la télévision, suscitant des réactions intéressées, mais aussi des questionnements.
« Ce n’est pas étonnant. Parce que depuis plusieurs années, je cherche par tous les moyens à brouiller la frontière entre le réel et le virtuel. Il est intéressant de constater que l’intérêt croissant des gens pour les nouvelles technologies est visible sur les réseaux sociaux. Pour l’émission musicale de fin d’année de la NHK, en 2017, nous avons fait palpiter les lumières des immeubles de Shibuya au rythme d’une chanson de Perfume. Beaucoup de gens se sont demandé si c’était réel ou virtuel, ils prenaient des photos, décortiquaient l’aspect technique, en parlaient sur les réseaux sociaux. Je trouve ça extrêmement intéressant. »


