Former des individus indépendants de l’État, une priorité

Fukuzawa Yukichi ne fonde pas seulement l’Université Keiô. C’était aussi un entrepreneur hors pair. Il crée en 1882 le journal Jiji Shimpô et y publie des éditoriaux qui traitent d’une diversité de sujets : politique, questions d’actualités et de société, droits des femmes...  À partir de la fondation de ce journal, il voit le développement du Japon d’une façon plus complexe. Si Itô Hirobumi, qui est au pouvoir, le rejoint sur l’idée que l’indépendance nationale est une priorité, l’indépendance des individus est par contre un concept auquel Itô est bien moins attaché que Fukuzawa. Ce dernier en est conscient, et s’inquiète de la fragilité d’une nation qui ne se montre résolument pas en faveur des libertés individuelles.

Avec l’adoption de la Constitution du Grand empire du Japon sur la base du modèle prussien, la voie vers un système d’éducation plaçant le système public au-dessus du système privé se confirme. La victoire du Japon dans la guerre contre la Chine en 1905 rassure Fukuzawa sur l’indépendance nationale, mais elle renforce d’un autre côté la dépendance des citoyens sur la nation, un tourment majeur pour l’intellectuel. Peut-être est-la raison pour laquelle tous ses écrits après 1905 se rapportent à ce sujet.

Fukuzawa Yukichi meurt en 1901 des suites d’une attaque cérébrale. Il a 66 ans. La restauration de Meiji se produit quand il avait 33 ans, au milieu d’une vie passée dans une époque de grands bouleversements.

(Photo de titre : Fukuzawa Yukichi en 1891. Cette photo est celle qui a été utilisée pour le billet de 10 000 yens émis en 1984. Propriété du Centre de recherche du Fukuzawa de l’Université Keiô).