Les prières pour la fertilité

Les figurines dogû sont particulièrement évocatrices de cette façon de penser propre à la période Jômon. Dès leur apparition, elles représentaient des femmes, et de plus en plus par la suite des mères en état de grossesse avancée. On pense qu’elles avaient une fonction magique et servaient à invoquer la force vitale des femmes lors de prières pour la guérison des blessures et des maladies, ainsi que pour l’amélioration de la fertilité de la terre.

La « Vénus de Jômon ». Figurine dogû représentant une femme enceinte, classée trésor national, provenant des fouilles du site archéologique de Tanabatake, dans la préfecture de Nagano (Musée Tagariishi d’archéologie Jomon)
La « Vénus de Jômon ». Figurine dogû représentant une femme enceinte, classée trésor national, provenant des fouilles du site archéologique de Tanabatake, dans la préfecture de Nagano (photo avec l’aimable autorisation du Musée Tagariishi d’archéologie Jomon).

Les populations de Jômon consommaient, semble-t-il, toutes sortes d’aliments fournis par la nature. Parmi ceux dont il est avéré qu’elles étaient particulièrement friandes, figurent les châtaignes, noix, marrons d’Inde et glands, des gibiers comme le cerf et le sanglier et des poissons comme la dorade, le bar et le saumon. Les gens de Jômon leur faisaient subir un traitement et les stockaient pour les consommer tout au long de l’année. Toutefois, cette planification de la consommation ne suffisait pas à les mettre à l’abri des pénuries que pouvait leur infliger le mauvais temps ou d’autres fléaux. Outre qu’ils faisaient de leur mieux pour s’en sortir par eux-mêmes, ils adressaient aussi des prières aux dogû pour leur demander de veiller à ce que la terre pourvoit à leurs besoins alimentaires.

Des colonies de peuplement en réseau

Dans le cadre de leurs échanges commerciaux, les populations de Jômon transportaient des matériaux précieux comme le jade, l’ambre, l’obsidienne et l’asphalte jusqu’en des endroits éloignés de leurs lieux de production. Le sel et les poissons et fruits de mer séchés et conditionnés étaient expédiés vers l’intérieur des terres pour y être échangés contre d’autres biens. Les échanges commerciaux s’étendaient aussi aux objets artisanaux tels que pointes de flèches en pierre, bracelets de coquillage, boucles d’oreille en céramique et laques. Ce constat laisse à penser qu’il existait déjà un réseau de distribution sophistiqué reliant diverses colonies de peuplement.

Jades et autres bijoux provenant des fouilles du site archéologique de Sakai, dans la préfecture de Toyoma (Centre préfectoral de Toyama pour les activités archéologiques)
Jades et autres bijoux provenant des fouilles du site archéologique de Sakai, dans la préfecture de Toyoma (photo avec l’aimable autorisation du Centre préfectoral de Toyama pour les activités archéologiques).

Les mariages entre personnes de différentes colonies contribuaient à la construction et au maintien d’un réseau d’échange des biens et de partage des connaissances. L’existence d’une société stratifiée est également attestée, au sein de laquelle la possession de produits prestigieux comme le jade, l’ambre et les objets décoratifs laqués était concentrée entre les mains d’un petit nombre d’individus et de familles, par exemple au sud de l’île de Hokkaidô.

Objets décoratifs laqués provenant des fouilles de la tombe 119 du site archéologique Karinba, à Hokkaidô (Musée d’histoire de Eniwa)
Objets décoratifs laqués provenant des fouilles de la tombe 119 du site archéologique Karinba, à Hokkaidô (photo avec l’aimable autorisation du Musée d’histoire d’Eniwa).

Un lien de continuité entre le passé et le présent

L’arrivée de l’homme contemporain (homo sapiens) dans l’archipel japonais remonte au Paléolithique, il y a quelque 38 000 ans. Cet afflux s’est poursuivi ultérieurement par divers chemins, entrant à Hokkaidô à partir du Nord, via ce qui est aujourd’hui l’Est de la Russie et l’île de Sakhaline, pénétrant le Nord-Est du Kyûshû en provenance de la Chine et de la péninsule coréenne à l’Ouest, et arrivant au Sud en passant par les îles Nansei. Les populations de Jômon descendent pour l’essentiel de celles qui se sont sédentarisées au Paléolithique. Il ressort des études que les Japonais de souche vivant aujourd’hui dans l’Archipel tiennent environ 12 % de leurs génomes de leurs ancêtres de la période Jômon, et ce lien d’ascendance directe est confirmé par les travaux de l’anthropologie biologique.

Bien des connaissances et des savoir-faire développés pendant la période Jômon sont restés en usage longtemps après la transformation de la production alimentaire consécutive à l’introduction de la riziculture depuis le continent asiatique, il y a environ 3 000 ans de cela, un événement qui, selon certains spécialistes, marque le début de la période Yayoi. Certains de ces savoir-faire font toujours partie de la culture japonaise traditionnelle d’aujourd’hui. On voit donc que la période Jômon entretient des liens avec le Japon contemporain tant sur le plan génétique que culturel.

(Photo de titre : une collection de céramiques en forme de flamme, kaen-gata, et en forme de couronne, ôkan-gata, désignés comme trésors naturels. Elles ont été découvertes sur le site Sasayama de Tôkamachi, dans la préfecture de Niigata. Photo avec l’aimable autorisation du Musée municipal de Tôkamachi)