Située dans la ville historique de Kamakura, près de la mer et des montagnes, l’entreprise Kayac a un objectif : faire du bien à la société. Elle a pour cela créé une sorte de capitalisme local intelligent pour redynamiser les communautés, et le concept s’adapte très bien à la crise sanitaire et au télétravail. Avec quels projets et quel état d’esprit l’entreprise arrive-t-elle à charmer ? Le PDG de Kayac, Yanasawa Daisuke, nous répond.

Une entreprise à plusieurs visages

Une petite rue qui ne paie pas de mine à cinq minutes de la sortie ouest de la gare de Kamakura. Vous êtes arrivé au siège de l’entreprise Kayac.

Si son activité principale est la création de contenus numériques, ses domaines en revanche, sont multiples ; des réseaux sociaux et promotions sur Internet à la planification et au développement de jeux sociaux (social gaming), d’e-sports et de contenu de réalité virtuelle, le tout en mettant l’accent sur un contenu unique et typiquement japonais.

Récemment, Kayac a collaboré avec l’éditeur Shûeisha pour le développement d’une application smartphone sur le thème du manga à la popularité colossal Demon Slayer. Mais ce n’est pas tout ; l’entreprise a également organisé d’autres événements à succès, comme une rencontre en ligne sur le thème de l’horreur, qui a attiré pas moins de 20 millions de visiteurs en un mois ! C’est également à l’entreprise Kayac qu’on doit le Unko Museum (littéralement, « le musée du caca »). Avec plusieurs antennes dont Tokyo et Yokohama, ce musée pas comme les autres a attiré plus de 100 000 visiteurs en deux mois et demi.

Mais Kayac ne se limite pas à des thèmes ludiques et légers de ce type. L’entreprise joue un rôle de premier plan dans un certain nombre de projets originaux, contribuant à la création de nouvelles connexions et relations au sein de la communauté locale. Parmi ces initiatives, qui apportent une aide précieuse au niveau local, citons Smout, un service de mise en relation de personnes souhaitant s’installer loin de la ville ou encore le Machi no « Shine » shokudô (littéralement, avec un jeu de mots, « cantine des employés de la ville »), un type innovant de cafétéria, ouverte à quiconque travaille dans la ville de Kamakura.

Yanasawa Daisuke, PDG de Kayac
Yanasawa Daisuke, PDG de Kayac

S’installer dans un lieu historique au cadre idyllique

À peine son diplôme en poche, Yanasawa Daisuke a fondé Kayac avec deux amis en 1998. Pour tous les trois, il était clair que leur entreprise allait être différente des autres, différente jusqu’à son nom : « Kayac, la société qui aime s’amuser » (Omoshiro hôjin Kayac )

Pourquoi situer le siège de l’entreprise à Kamakura ? « C’est un endroit qui nous était cher à tous les trois, lorsque nous étions étudiants » explique Yanasawa Daisuke. « Ce n’est qu’à 55 minutes en train de Tokyo et pourtant le cadre y est idyllique, avec la mer et les montagnes, et toutes les divertissements culturels relatifs à la riche histoire de la ville. Et plus que tout, nous ne voulions pas situer notre entreprise à Tokyo pour nous faufiler dans ces trains de banlieue bondés tous les matins et tous les soirs » ajoute-t-il. Yanasawa Daisuke vit lui-même à Kamakura. Son entreprise encourage les employés à eux aussi venir s’intégrer à la communauté, en habitant dans la mesure du possible à proximité du siège social. Toutefois, habiter Kamakura n’est pas pour autant rédhibitoire pour les employés qui ne peuvent ou ne veulent pas quitter Tokyo, puisque l’entreprise dispose également d’un studio à Akihabara, le fameux quartier de l’électronique de la capitale.

Les deux immeubles de bureaux à façade de verre de la société, contrastant avec les maisons traditionnelles autour utilisées comme espaces de travail.
Les deux immeubles de bureaux à façade de verre de la société, contrastant avec les maisons traditionnelles autour utilisées comme espaces de travail.

Une petite Silicon Valley de Kamakura

Pour s’entourer de personnes qui partagent les mêmes idées, les trois fondateurs ont décidé que tout commencerait à Kamakura même. C’est ainsi qu’en 2013, en s’associant avec des entrepreneurs locaux et des PDG de start-ups basées dans cette ville, ils ont lancé le Kamacon, Kayac jouant au départ un rôle central. Le Kamacon fait le lien entre des chefs d’entreprises locales avec des acteurs tels que des responsables du gouvernement et des organisations à but non lucratif pour échanger et mettre en commun des idées de façon constructive. Le nom Kamacon est né d’un commentaire lors d’une interview dans un journal au sujet du nouveau concept. Quelqu’un a alors comparé le nouveau concept à la Silicon Valley américaine. Aujourd’hui, le Kamacon compte 43 entreprises membres et 142 membres individuels.

Les membres du Kamacon se réunissent tous les mois pour présenter leurs projets, l’occasion de mettre des idées en commun, sélectionner les meilleures d’entre elles et recruter des personnes pour les réaliser. Et pour Yanasawa Daisuke, ces séances de réflexion sont extrêmement importantes et ne sont ni plus ni moins qu’un « ingrédient secret » essentiel à sa vision du succès.

Le Kamacon, concept basé sur des séances de brainstorming, s’est exporté aux quatre coins de l’Archipel si bien que des organisations similaires ont vu le jour dans près de 50 communautés du pays, dont le « Fukucon » à Fukuoka et le « Ishicon » sur l’île d’Ishigaki, à Okinawa. Yanasawa Daisuke avait lancé ce concept sans vraiment se prendre au sérieux, se disant qu’il pourrait arrêter dès qu’il en aurait envie. Mais, depuis 2012, date des premiers préparatifs, il n’a jamais manqué une séance.

Une maison traditionnelle à proximité du siège de l’entreprise, un espace de travail idéal
Une maison traditionnelle à proximité du siège de l’entreprise, un espace de travail idéal