Interdiction de la mixité dans les bains publics

Dans ses ouvrages, Morisada écrit avoir lu que les bains mixtes étaient très répandus à Edo. Même si Matsudaira Sadanobu, un conseiller supérieur du shogunat, avait ordonné que les bains soient séparés, il est vrai que les sentô ont été mixtes pendant une grande partie de l’époque d’Edo.

Les réformes de l’ère Kansei (1787-1793) initiées par Sadanobu interdirent la mixité dans les bains publics. Pour ce dernier, qui prônait par ailleurs l’abstinence et qui réprouvait toutes sortes de loisirs, le fait que des hommes et des femmes prennent leurs bains ensemble était contraire à la morale publique.

Après son retrait du pouvoir, certains établissements de bains publics seraient redevenus mixtes. Cependant, les réformes de l’ère Tenpô (1831-1845) imposèrent à nouveau des règles strictes et les bains pour les hommes et les femmes devinrent complètement séparés.

L’œuvre Hadakisoi hana no shôfuyu (« Rivalité de fleurs nues dans le bain des femmes ») de Toyohara Kunichika (1868) représente une scène imaginaire de bain de femmes. En haut à droite, un homme aide à la toilette (avec l'aimable autorisation de la Bibliothèque nationale de la Diète).
L’œuvre Hadakisoi hana no shôfuyu (« Rivalité de fleurs nues dans le bain des femmes ») de Toyohara Kunichika (1868) représente une scène imaginaire de bain de femmes. En haut à droite, un homme aide à la toilette (avec l’aimable autorisation de la Bibliothèque nationale de la Diète).

Dans certains cas, où l’espace n’est pas suffisant et qu’il ne permet pas une séparation entre les hommes et les femmes, il peut y avoir seulement un espace réservé aux femmes. Dans l’histoire classique de rakugo Yuyaban (« Le préposé aux bains »), le fils d’un marchand à la vie dissolue, qui travaille dans un sentô rêve de le transformer en un espace réservé aux femmes, ce qui lui permettrait d’avoir une place de choix depuis son emplacement.

Une peinture du temple Ryôsen-ji (préfecture de Shizuoka) représente un bain mixte dans les dernières années du shogunat. On y voit une zone de bain ornée des pignons caractéristiques d’Osaka et de Kyoto et une zone pour la toilette mixte. Ce temple est le lieu où a été signé le traité d’amitié et de commerce entre le Japon et les États-Unis en 1858. Ce tableau aurait été peint par un étranger.

C’est pourquoi, les bains ont continué d’être mixtes en dehors d’Edo, alors qu’ils étaient interdits dans la capitale. Cette tradition perdure encore aujourd’hui dans certaines régions du Japon.

Nos articles sur le Japon d’Edo décrit par Kitagawa Morisada

(Photo de titre tirée du Manuscrit Morisada, avec l’aimable autorisation de la Bibliothèque nationale de la Diète)