« Je suis un garçon », un roman d’apprentissage

À l’époque jeune espoir du manga, Matsumoto a été hébérgé dans une chambre d’hôte. Ce type de logement est devenu rare de nos jours. Il s’agit d’un logement dans une famille, incluant le gîte et le couvert. Plusieurs colocataires sont généralement présents, c’est donc une forme de vie communautaire. C’est sur cette expérience que s’est basé Matsumoto pour son premier succès en 1971 : Otoko oidon (« Je suis un garçon »).

Cette fois, pas d’espace intersidéral ni de galaxies immenses, l’univers du personnage principal de Otoko oidon, Ôyama Nobotta, se limite à une chambre de 4 tatamis et demi. Il est lui-même un petit gabarit, jambes arquées, vêtu de vêtements minables et trop courts. Mais il est venu à Tokyo porteur d’un rêve immense : un jour, il sera un grand artiste. Et sa chambre minuscule est son « palais ».

Pour subvenir à ses besoins, il travaille en usine, mais est rapidement licencié. Il quitte également le lycée de nuit qu’il fréquentait. Il parvient à reprendre des études, mais les jobs qu’il trouve ne durent jamais très longtemps. Il tombe parfois amoureux, mais quand il offre un cadeau, les femmes le jettent sans même l’ouvrir. Sa vie est très solitaire, même si la famille de ses propriétaires et tout particulièrement la grand-mère sont très bienveillants à son égard.

Otoko Oidon n’est pas seulement un succès, c’est aussi le premier manga de Matsumoto dans lequel l’objectif est de parler de lui. La jeunesse, toutes les jeunesses, sont positives par elles-mêmes.

Dans Otoko oidon, le personnage souffre d’une maladie de peau typique des garçons. À l’époque, de nombreux jeunes hommes en souffraient sans en parler à personne, car les démangeaisons portent sur une zone sensible… Mais le manga de Matsumoto, en en parlant ouvertement, a aider de nombreux lecteurs à vaincre leur angoisse. Et même de lectrices ! En effet, Matsumoto a reçu de nombreuses lettres témoignant que leur petit ami était devenu moins maussade après avoir lu son manga.

Otoko Oidon est paru dans le Weekly Shônen Magazine (Kôdansha) entre 1971 et 1973, puis en neuf volumes. (Kyôdô)
Otoko Oidon est paru dans le Weekly Shônen Magazine (Kôdansha) entre 1971 et 1973, puis en neuf volumes. (Kyôdô)

La philosophie de Matsumoto Leiji

Or, en fait, les « 4 tatamis et demi » de Otoko oidon sont étroitement liés à l’univers du capitaine Albator. Son meilleur ami, Ôyama Toshirô, est un lointain descendant d’Ôyama Nobotta, le personnage de Otoko oidon.

Dans Galaxy Express 999, les mondes d’Albator et de Queen Emeraldas se croisent et des personnages d’autres œuvres apparaissent. Ces développements étaient pensés dès l’origine dans l’esprit de l’auteur.

De même que personne n’a d’enfants pour qu’ils meurent, Matsumoto a créé ses personnages pour les garder en vie. Dès le début, il a créé ses personnages avec l’intention de créer une grande famille qui transcende les générations.

Lui aussi a hérité de son père et de sa mère quelque chose d’important. À la fin de l’éternel cercle du temps, le passé et l’avenir perdent leur sens, tous les destins se croisent, comme toutes les lignes de chemin de fer se rejoignent en un seul point, la gare terminale. Telle était la philosophie de Matsumoto.

En janvier 2018, une exposition des œuvres de Matsumoto Leiji s'est tenue dans le grand magasin Isetan Shinjuku. L'exposition, qui couvrait une variété d'œuvres, a ensuite circulé dans différentes régions. © Matsumoto Leiji
En janvier 2018, une exposition des œuvres de Matsumoto Leiji s’est tenue dans le grand magasin Isetan Shinjuku. L’exposition, qui couvrait une variété d'œuvres, a ensuite circulé dans différentes régions. © Matsumoto Leiji

« Tous les êtres humains partagent des valeurs communes, du simple fait que nous sommes vivants. » Cette conviction fait des créations de Matsumoto des œuvres universelles, et explique que ses fans couvrent le monde entier.

La rencontre avec Daft Punk

Le succès de la série animée Albator en France, avec des parts d’audience qui ont atteint près de 70 %, est bien connu. Et Otoko oidon a été traduit en anglais sous le titre I am a man. Space Battleship Yamato aussi a été diffusé aux États-Unis et dans d’autres pays, comme l’histoire d’un voyage au cours duquel les humains décident de « partir pour revenir ». Très vite, des jeunes du monde entier ont cherché à rencontrer Matsumoto.

Un jour, deux musiciens viennent le voir : « On regarde vos œuvres depuis qu’on a 5 ans. » C’est Daft Punk, qui lui demandent de travailler ensemble à un projet. Le projet aboutit et devient Interstella 5555 (2003). Le film d’animation a pris le monde d’assaut et Newsweek parlera de « chef-d’œuvre qui combine les genres artistiques différents de la musique et de l’animation ».

L’univers de Matsumoto est aimé des fans au-delà de l’espace et du temps. Il continuera à briller, même si son auteur est parti au-delà des étoiles.

(Photo de titre : Matsumoto Leiji invité au Festival international de la BD d’Angoulême en février 2013. La casquette avec la tête de mort est sa marque de fabrique. Jiji Press)