Tanaka Hirokazu cède face à Milica Jovanovic

Cette joie ne sera malheureusement qu’éphémère. Le 4 février 2023, à peine 98 jours plus tard, 256 femmes portant le nom de Milica Jovanovic se sont réunies à Belgrade, la capitale serbe, et ont établi un nouveau record.

En fait, c’est Robert Coban, personnalité médiatique serbe, qui est à l’origine de cette tentative, elle-même en réponse au mouvement japonais.

Robert Coban regardait le journal télévisé avec sa fille chez lui, lorsqu’ils ont vu un reportage sur un rassemblement de joyeux Japonais, tous portant le nom de Tanaka Hirokazu, dans un cinéma de Tokyo. La couverture médiatique du mouvement nippon ne s’arrête pas là. Le jour même, un article d’un journaliste français de l’AFP est publié dans le monde entier, atteignant plus de 40 pays, dont la Serbie.

Ce à quoi Robert Coban répond à sa fille : « 178, c’est tout ? »

Ils font une recherche sur Internet et découvrent rapidement que Milica Jovanovic était alors le nom le plus répandu en Serbie. La fille de Robert Coban dit alors à son père qu’elle connaît même deux élèves portant ce nom dans son école. Il n’en fallait pas plus ; Robert Coban décide de lui aussi relever le défi.

En à peine trois mois, Robert Coban réussit à réunir 256 femmes du nom de Milica Jovanovic.

Une association internationale d’homonymes, pour la paix dans le monde

Toutes ces informations ont été confirmées par Tanaka auprès de Coban lui-même. Il a confié que l’événement était « une bonne façon de s’amuser » et a félicité Tanaka Hirokazu pour son « mouvement ». Ce dernier a alors eu une idée audacieuse : pourquoi ne pas créer une fédération internationale nippo-serbe de personnes portant les mêmes nom et prénom ? Coban trouve la proposition absolument géniale et l’accepte de suite. Le nouveau record du monde Guinness ira bien au-delà : une Association internationale des homonymes sera même créée. L’ONG a pour but d’entretenir les liens entre des personnes du même nom du monde entier.

Au départ, le mouvement de Tanaka Hirokazu n’était qu’un jeu : qu’espère-t-il faire en créant une ONG ? Tanaka Hirokazu répond à cette question de façon tout à fait solennelle : « Nous aspirons à la paix dans le monde. »

Dans de nombreux pays, il n’est pas rare que des individus portent le même nom, comme en Chine ou au Vietnam par exemple. En Corée du Sud, il y a six golfeurs professionnels qui portent le nom de Lee Jeong-eun. L’Association internationale des homonymes espère que cette initiative permettra à des personnes par-delà les frontières de leur pays de rire ensemble, pour un monde plus paisible.

Une grande famille

En mars 2023, 17 Tanaka Hirokazu et 11 Milica Jovanovic se sont pour la première fois réunis en ligne.

Tanaka Hirokazu explique que « les liens entre tous les Tanaka Hirokazu ont créé une sorte de grande famille. Maintenant, pour moi, ce mouvement, c’est un moyen de construire une communauté par le rire. Je veux montrer au monde entier que les gens peuvent devenir amis en partageant des sujets aussi triviaux ».

Il confie qu’au fil des ans, les liens entre les participants sont devenus plus solides pour se transformer en véritable entraide.

Juste après le Grand tremblement de terre de l’Est du Japon, en 2011, un pompier qui participait à des opérations de sauvetage, a reçu les encouragements de ses homonymes dans tout le Japon. Un autre Tanaka Hirokazu, travailleur essentiel en première ligne pendant la pandémie de Covid-19, a lui aussi reçu des mots chaleureux de nombre de ses homonymes. Malheureusement, il a succombé au virus. Une commémoration en ligne a été organisée en son honneur par les membres du groupe.

Mais il y a aussi de belles histoires. En 2019, un couple du nom de famille de Tanaka, qui a entendu parler mouvement, a décidé d’appeler son fils Hirokazu. « Nous nous sommes dit que ce serait une communauté vers laquelle notre fils pourrait se tourner et sur laquelle il pourrait compter. »

Le fondateur du mouvement, Tanaka Hirokazu, avec son homonyme dans les bras, né en 2019. (Avec l'aimable autorisation de Tanaka Hirokazu, à droite)
Le fondateur du mouvement, Tanaka Hirokazu, avec son homonyme dans les bras, né en 2019. (Avec l’aimable autorisation de Tanaka Hirokazu, à droite)

Des ambitions démesurées ?

Tanaka Hirokazu voit plus grand pour le groupe ; « un fonds pour la mise en place de bourses d’études et d’un revenu de base ». Mais ce n’est pas tout, loin de là…. Récemment, il cherche à organiser une exposition Tanaka Hirokazu au Musée d’art moderne de New York. « Bien sûr, tout le monde ne pourrait pas être là, mais je suis sûr que quelques membres de notre groupe pourraient y assister. En fait, c’est un galériste de renommée internationale qui lui a suggéré cette idée. Après tout, le mouvement des Tanaka Hirokazu est indiscutablement une forme d’art contemporain, une forme comme une autre.

Tanaka Hirokazu a également proposé un rassemblement de personnes portant les mêmes nom et prénom entre l’Ukraine et la Russie. « Je n’imagine pas un Tanaka Hirokazu tuer l’un de ses homonymes. »

Pour Tanaka Hirokazu, une guerre est juste impensable au sein d’une communauté liée par le rire. Abandonner l’idée de voir une exposition consacrée à son mouvement au MoMA ? Oh non, pourquoi ? Mais pourquoi pas un jour un prix Nobel de la paix ?

Où qu’il soit, tant que le nom de Tanaka Hirokazu résonnera, il gardera la nature qui lui est propre. (© Ikazaki Shinobu)
Où qu’il soit, tant que le nom de Tanaka Hirokazu résonnera, il gardera la nature qui lui est propre. (© Ikazaki Shinobu)

(Interview et texte de Hamada Nami et Power News. Photo de titre © Ikazaki Shinobu)