La plus ancienne maison de thé du Japon
On la dirait tout droit sortie d’un film. La maison de thé appelée Tsûen est juste à côté du pont d’Uji. Il y a plus de 850 ans, elle servait de poste de garde et on y servait le thé aux voyageurs de passage. De nombreux romans historiques la mentionnent et elle est même citée dans les dictionnaires japonais.
Le bâtiment actuel date de 1672. À l’intérieur, on peut y admirer une collection de théières pluriséculaires, ainsi qu’une statue en bois du fondateur qui a été offerte par le célèbre prêtre zen appelé Ikkyû Sôjun (1394-1481). Les archives attestent de la visite de personnalités historiques telles que Ashikaga Yoshimasa (1436-1490), Toyotomi Hideyoshi (1537-1598) ou Tokugawa Ieyasu (1543-1616).
Tsûen propose notamment le matcha haut de gamme produit par Fukubun Seichajô, évoqué plus haut. Comme le confirme Tsûen Yûsuke, 24e du nom, ce matcha de qualité a beaucoup de succès auprès des touristes japonais et étrangers.
La boutique propose différents types de thé d’Uji et on peut aussi y déguster des douceurs au matcha. Les bancs à l’extérieur permettent aux clients de s’installer pour manger des boulettes de riz gluant au thé au goût légèrement amer, des glaces au matcha, ou des crèmes glacées aux haricots rouges d’Uji tout en profitant de la vue sur la rivière et le pont d’Uji.
De l’ancien grossiste en thé à la boutique achalandée
À Uji, certains grossistes de thé existent depuis plusieurs générations. La maison mère de Nakamura Tôkichi située dans l’artère principale menant au pont d’Uji a été fondée en 1854. L’établissement attire de nombreux touristes.
On reconnait facilement l’établissement avec ses murs enduits de plâtre blanc ornés de croisillons, ce style est typique des grossistes de l’époque Meiji (1868-1912). En 2009, le bâtiment a été classé au patrimoine culturel du Japon. La fabrique de thé, construite à l’ère Taishô (1912-1926), a été réaménagée en café. Les visiteurs peuvent venir goûter et comparer plusieurs thés dans l’ancienne salle de séchage, mais il faut réserver à l’avance pour s’initier à la préparation du matcha, participer à une cérémonie du thé et boire un koi-cha (thé fort) ou un usu-cha (thé plus léger).
Le plafond du café est traversé en son milieu par un long vasistas hérité de l’ancienne fabrique car l’ouverture permettait autrefois d’évacuer la chaleur dégagée par les étuves. Sur les piliers on peut voir des chiffres griffonnés jadis par des ouvriers, on sent bien combien le lieu a dû autrefois bouillonner d’activité. Le « Maruto » est la spécialité du café. Glace au matcha, génoise au thé, gelée, mais aussi shiratama (boulettes riz gluant) et framboises… ce dessert impressionnant est servi dans un tronçon de bambou. La gelée au namacha, permet de profiter au mieux du goût du matcha. Recouverte de glace, elle est particulièrement appréciée pour sa saveur et sa texture. Nakamura Tôkichi possède un deuxième établissement à proximité du Byôdô-in.
Une incroyable variété de produits à base de matcha
À se promener dans le centre d’Uji, impossible de ne pas remarquer combien la variété de plats et de boissons au matcha est impressionnante : boulettes au poulpe (matcha takoyaki), croquettes, bière...saveur thé vert. On peut consommer du thé du matin au soir et à « toutes les sauces ».
Les habitants d’Uji adorent offrir en souvenir ces boulettes de riz gluant au thé vert dites matcha dango. Là encore les déclinaisons sont infinies, boulettes grillées et nappées d’une sauce soja sucrée pour les mitarashi dango, ou saupoudrées de kinako (farine de soja grillée), mais aussi en biscuits pour les matcha rusk ou fourrées aux haricots rouges sucrés avec les matcha kintsuba… sans compter les fruits enrobés de chocolat parfum matcha.
Le berceau du thé sencha
Uji a aussi des liens très forts avec le sencha qui est le thé vert le plus consommé au Japon. Ingen (1592-1673), le moine bouddhiste chinois qui a introduit la culture du sencha au Japon a fondé à Uji le temple appelé Ôbakusan Manpuku-ji. À sa suite, Baisaô (1675-1763), un moine japonais vivant dans ce temple dont le surnom signifie le vieil homme (ô) vendant (bai) du thé (sa), a démocratisé ce thé et fondé le Sencha-dô, la voie du thé basée sur le sencha. En sa mémoire, le pavillon appelé Baisa-dô a été construit dans l’enceinte du temple. La Fédération japonaise de Sencha-dô dont le siège est à côté du temple organise tous les ans un grand festival du thé. En 2024, le Conseil des affaires culturelles du Japon a proposé que les bâtiments du temple soient classés trésors nationaux car emblématiques de l’esthétique Ming (1368-1644).
(Photo de titre : desserts au matcha du café Nakamura Tôkichi situé près de la gare JR Uji. Le Conseil pour la promotion de la région et du thé d’Uji a classé de nombreuses maisons de thé de la ville. Toutes les photos : © Nippon.com, sauf mentions contraires)









