Les enseignants de JLE fraîchement traités
Enseigner le JLE ne permet pas de vivre, se dit-il. Les enseignants d’une école de JLE de Tokyo, connue pour la qualité de son enseignement, que nous avons rencontrés dans le cadre de notre enquête, nous ont dit être surchargés de travail, par les heures de cours et leurs autres tâches d’enseignement. Ils veillent à l’amélioration de celui-ci tout en gérant les retards et les absences de leurs élèves, qu’ils suivent très attentivement. Ils s’assurent par exemple de leur bonne compréhension des cours par les devoirs qu’ils donnent. Leur travail est motivant mais ils ne sont pas satisfaits de leur salaire par heure de cours, et c’est pour eux un facteur d’inquiétude.
Un enseignant d’une autre école de JLE, située elle aussi à Tokyo, mais appartenant à des capitaux chinois, nous a confié qu’il gagnait davantage par cours que dans un établissement qui aurait un propriétaire japonais. Il a ajouté que sa charge de travail était moindre, étant donné que l’école n’attend pas de sa part des suggestions sur le contenu ou la forme de l’enseignement. Il n’est pas satisfait de la manière de traiter les étudiants ou de l’hygiène au sein de l’école mais il a reconnu qu’il fermait les yeux à ce sujet.
L’enquête que j’ai menée indique qu’à Tokyo, pour une heure de cours, un enseignant de JLE reçoit en moyenne 1 800 yens (11 euros), mais lorsque l’école de JLE appartient à des capitaux chinois, ce montant se situerait entre 2 000 et 3 000 mille yens.
« Plus une école de JLE est sérieuse et attentive aux détails, plus cela lui reviendra cher. Une partie des écoles à capitaux chinois réussissent à survivre dans ce secteur parce qu’elles peuvent réduire considérablement ces coûts » remarque un bon connaisseur des cultures d’entreprise japonaise et chinoise, qui a fait carrière dans une grande société chinoise de commerce et s’intéresse au secteur de l’enseignement du JLE.
Faire une priorité de l’efficacité ne résulterait-il pas en un enseignement et un suivi quotidien des apprenants peu attentifs à leurs besoins ? C’est un indéniable sujet de préoccupation.
Le gauchissement de l’enseignement du JLE
Le gouvernement a jusqu’à présent centré les mesures qu’il a prises pour attirer plus d’étudiants étrangers au Japon sur les écoles de JLE, tout en prenant un retard certain pour ce qui est de veiller à l’enseignement lui-même. Si l’on veut se débarrasser des faux étudiants et véritablement améliorer la qualité de l’enseignement, le vrai test sera le nombre d’écoles véreuses fermées en conséquence de l’application de la loi d’homologation des établissements d’enseignement du JLE.
Cela ne pourra pourtant pas tout résoudre. Le MEXT a relevé la norme en matière du nombre d’élèves par enseignant dans ce secteur, le faisant passer d’un enseignant pour 60 élèves, à un pour quarante. Si l’on veut se garantir un nombre suffisant d’enseignants dans un contexte où la demande dans le secteur du JLE augmente, une amélioration de leurs conditions de travail, avec des emplois et des salaires stables, est indispensable. La majorité des enseignants de JLE sont aujourd’hui un statut précaire. Même avec l’instauration d’un diplôme d’État d’enseignant de JLE, on ne parviendra pas à attirer des jeunes diplômés dans ce secteur si ces conditions ne changent pas.
Selon certains, ces enseignants sont mal payés parce que le coût du recrutement des étudiants étrangers, notamment à cause des commissions payées aux intermédiaires, est tel que les écoles réduisent autant qu’elles le peuvent leurs salaires. La loi relative à l’homologation des écoles de JLE demande que ces commissions ne soient pas excessives, sans pour autant fournir de critères précis à ce sujet.
Tout en affichant l’objectif d’augmenter le nombre d’étudiants étrangers au Japon, le gouvernement n’a pas décidé d’accorder des subventions aux écoles de JLE. Elles ont du mal à être rentable uniquement avec les frais de scolarité payés par les élèves, et elles sont affectées par le coût des commissions qu’elles doivent payer aux intermédiaires comme par des événements imprévisibles du type de la pandémie.
Le MEXT a pour objectif d’établir un mécanisme encourageant les entreprises privées, les collectivités locales, ou les universités, à investir dans ces écoles de JLE homologuées. Cette collaboration avec les entreprises privées et les collectivités locales permettra de renforcer les fondements économiques affaiblis des écoles de JLE et d’améliorer les salaires des enseignants spécialisés. Le secteur industriel se sert de mécanismes comme le programme Ikusei shûrô (emploi de développement professionnel), ou le Tokutei ginô (travailleur qualifié spécifié) pour répondre au problème d’insuffisance de main d'œuvre. N’est-ce pas en mettant en place cet environnement que l’on parviendra à former des spécialistes du Japon et des ressources humaines non-japonaises ?
(Photo de titre : Pixta)