Parlons du mont Hakodate

Un jour, peu de temps après la fin de la guerre, quand j’étais encore tout gamin, je jouais aux explorateurs avec des copains. Nous avons sauté la barrière et nous sommes descendus dans les souterrains des défenses militaires du mont Hakodate. Les couloirs étaient très étroits, le plafond également très bas, nous n’en menions pas large, guidé par une simple lumière que nous apercevions tout au fond.

Ces souterrains datent d’avant la guerre russo-japonaise de 1905. Dès le lendemain de la déclaration de guerre, des navires de la flotte russe sont apparus dans le détroit de Tsugaru et ont torpillé et coulé des cargos japonais qui transportaient du riz, provoquant la panique parmi la population de Hakodate. Les Russes connaissaient la distance maximale que pouvaient atteindre les obus des fortifications souterraines et ne les craignaient donc pas… Pendant la Guerre du Pacifique également, ces défenses n’ont pas empêché les avions américains de survoler la ville et de bombarder. Ces fortifications n’étaient que des tigres de papier. En un demi-siècle, seuls sept ou huit obus ont été tirés contre des sous-marins aperçus dans le détroit. En revanche, vu que l’accès en était strictement interdit à la population, elles ont préservé la nature sauvage de la montagne.

Vue nocturne du Mont Hakodate (2005)

Le Mont Hakodate alterne exploitation forestière et reforestation depuis l’époque d’Edo. Mais le fief de Matsumae tirant une grande partie de ses revenus de l’abattage du bois de charpente, il était devenu une montagne pelée, comme l’a représenté le peintre Wilhelm Heine qui accompagnait le Commodore Perry en 1854 lors de sa seconde venue au Japon pour forcer l’ouverture commerciale de l’Archipel avec les États-Unis. À l’issue de quoi, le riche marchand et édile de la ville, Takataya Kahei, fit replanter la forêt en cèdres.

Aujourd’hui, les oiseaux migrateurs chantent, les fleurs sauvages fleurissent, la forêt reste à se reposer devant le splendide silence de la lumière du soleil filtrant à travers les feuillages. Un lieu mémorable si vous aimez les randonnées et la vie « slow life ».

Le mont Hakodate au crépuscule (2005)

Mont Hakodate

  • Accès : Descendre à la station de tramway « Jûjigai », puis 10 mn à pied jusqu’au téléphérique du mont Hakodate.
  • Carte :Mont Hakodate

La fleur de pomme de terre

J’étais collégien, quand, un jour, je suis sorti de la ville pêcher le poisson dans la côte rocheuse à proximité du couvent des moniales trappistines. Exténué par la descente d’un long et raide chemin de cailloux, je me suis allongé dans un champ de pommes de terre attendant au couvent, et j’ai fait un somme.

À mon réveil, je n’ai pas résisté à l’envie de jeter un œil à travers la clôture du couvent. Je sais, ce n’est pas bien. Mais peut-être était-ce l’heure de la prière, ou de la sieste, en tout cas je n’ai pas vu une seule nonne. En revanche, j’ai vu un magnifique champ de pommes de terre en fleurs, de petites fleurs d’un violet pâle.

La Vierge Marie accueille charitablement le visiteur (2018)

Kamei Katsuichirô (1907-1966) était un grand critique littéraire, né à Hakodate. Nostalgique de sa ville natale, il écrivit un livre intitulé « Huit paysages de Hakodate ». Le « champ de pommes de terre du couvent » fait partie des paysages élus, et il écrit, à son propos : « La fleur de pomme de terre a la fraicheur de la jeune fille de la campagne, pleine de santé… Si elle semble banale et sans apprêt au premier abord, ce n’est qu’une fausse impression… Les jeunes religieuses qui travaillent avec énergie les champs de leur couvent ressemblent à ces fleurs de pommes de terre. »

Marie-Antoinette en était bien consciente, elle qui avait fait construire un hameau paysan tout au fond des vergers de Versailles pour échapper à l’enfermement de la Cour. Elle y trouvait délassement et réconfort à jouer à la fermière : on dit qu’il lui arrivait d’apparaître aux soirées officielles de la Cour avec des fleurs de pomme de terre dans les cheveux…

L’Annonciation (relief mural)

Couvent des moniales trappistines

  • Accès : à la gare de Hakodate, se diriger vers l’arrêt de bus numéro 4 et prendre le bus navette des trappistines. Descendre à l’arrêt « Trappistine iriguchi », à 5 mn à pied du couvent.
  • Carte :Couvent des moniales trappistines