Depuis toujours, les chevaux ont joué un rôle important dans la société japonaise, que ce soit les destriers des samouraïs ou les chevaux de trait dans les fermes. Gros plan sur trois grands festivals au Japon autour de ces magnifiques montures.

Les chevaux, montures des dieux

Des études récentes indiquent que les chevaux ont été domestiqués il y a environ 4 000 ans en Asie centrale et la steppe eurasienne. Grâce à eux, les gens peuvent enfin se déplacer plus vite et beaucoup plus loin, et transporter des charges lourdes.

Les premiers chevaux arrivent au Japon aux alentours du Ve siècle. En provenance de Mongolie, ils s’acheminent vers le Japon par l’île de Tsushima, un grand centre de commerce et d’échanges culturels avec le continent. Ces bêtes agiles s’avèrent décisives, et pour le travail des champs, et pour la guerre où ils donnent à leurs cavaliers un avantage critique en combat. À partir de l’époque de Nara (710-794), ces animaux encore rares sont considérés comme les montures des dieux. Les chevaux blancs, en particulier, sont offerts aux sanctuaires shintô où ils sont vénérés comme des êtres sacrés. De leur utilisation à la guerre et à la ferme naissent nombre de festivals qui perdurent aujourd’hui. Nous vous présentons trois des plus grands dans cet article.

Le festival Chagu-Chagu Umakko

(En 2025, le 14 juin, villes de Takizawa et Morioka, préfecture d’Iwate)

Des chevaux aux magnifiques parures défilent à travers la campagne. (© Haga Library)
Des chevaux aux magnifiques parures défilent à travers la campagne. (© Haga Library)

Les plaines du nord-ouest de la préfecture d’Iwate sont une terre équestre le VIIIe siècle. Durant l’époque d’Edo (1603-1868), le clan de Nambu (clan de Morioka) qui contrôle cette région se spécialise dans l’élevage des chevaux, et les « chevaux de Nambu » deviennent très prisés comme montures de guerriers.

Au fil des années, les chevaux des guerriers se reconvertissent en chevaux de travail dans les fermes, ce qui les ancre encore plus dans la culture locale. Les chevaux locaux étant de petit gabarit, les Japonais commencent vers la fin du XIXe siècle à importer des grands chevaux de trait percherons et bretons de France pour les travaux agricoles. Dans les demeures typiques magariya en forme de « L », les chevaux choyés ont droit à la partie la mieux exposée comme écurie.

C’est Ukemochi, la divinité de la nourriture mais aussi la protectrice des chevaux, qui est vénérée au sanctuaire Onikoshi Sôzen de Takizawa. Le mois de juin est la période où l’on inonde les rizières et les laboure avant d’y transplanter les pousses de riz, et les agriculteurs emmènent leurs chevaux au sanctuaire pour se recueillir et prier les dieux pour leur bonne santé pendant cette période de dur labeur.

Cette tradition se perpétue aujourd’hui. Les chevaux sont vêtus de riches parures pour montrer leur grande valeur, et partent du sanctuaire Onikoshi Sôzen vers Morioka. Ils défilent, montés par des enfants, sur 13 kilomètres le long des rizières bordées d’iris, avec le mont Iwate en arrière-plan, et se dirigent vers le sanctuaire Hachimangû de Morioka. Le son des dizaines de clochettes cousues sur les parures est appelé « chagu chagu » en japonais. Ce festival unique est à admirer pour constater la magnifique complicité avec les chevaux et l’amour et le respect qui leur sont portés.

Le défilé de Takizawa à Morioka prend environ quatre heures. (© Haga Library)
Le défilé de Takizawa à Morioka prend environ quatre heures. (© Haga Library)