Dans ce haïku, Bashô fait rimer parfum de chrysanthème avec protection des Bouddhas.

菊の香やならには古き仏達 芭蕉

Kiku no ka ya / nara ni wa furuki / hotoketachi

Parfum de chrysanthème
embaume Nara
de Bouddhas antiques

(Poème écrit par Bashô en 1694), traduction par Chloé Viatte

À son dernier voyage, Matsuo Bashô (1644-94) s’est rendu à Nara au moment de la Fête des chrysanthèmes (chôyô no sekku) célébrée le 9e jour du 9e mois (vers le 23 octobre de notre calendrier) et immortalisé ce jour dans un haïku. De nos jours, sur l’influence des dépliants touristiques ou des sorties scolaires, il nous semble logique que les temples et les musées de Nara abondent de statues de Bouddhas. Mais, à l’époque de Bashô, voir les statues dans les temples était difficile et il n’y avait bien sûr pas de photos ni de représentations disponibles.

En fait, à la fin d’Edo, l’expression hotoke-tachi (Bouddhas) faisait plutôt fait penser à un waka de Saichô (767-822), le fondateur du bouddhisme Tendai écrivait en effet : Anokutara / sanmyaku sanbodai no / hotoketachi / waga tatsu soma ni / myôga arasetamae (Anuttara-samyak-sambodhi / Ô Bouddhas / de l’Illumination suprême et parfaite / Veuillez accorder votre protection / à la futaie où je me tiens). Il s’adressait aux Bouddhas en utilisant des termes sanskrit afin qu’ils bénissent la futaie où étaient coupés les arbres destinés au pavillon principal du Hiei-zan Enryaku-ji, un temple alors en construction aux abords de Kyoto.

Les Bouddhas sont des êtres transcendant le monde terrestre. À l’époque, on croyait que leur présence se manifestait par un doux parfum, l’écho d’une musique ou une pluie de pétales tombant du ciel. Quand il sentit le parfum des chrysanthèmes au moment du festival, Bashô a sans doute pensé que Nara et ses vénérables temples étaient sous la protection invisible de Bouddhas antiques.