Pour un renforcement des unités administratives locales

Je voudrais maintenant insister sur les mérites d’un système composé d’unités administratives locales plus grandes et vraiment autonomes. J’ai pensé pour ma part à une fédération de dix unités administratives locales dont chacune serait pratiquement aussi autonome qu’un État. N’oublions pas que la superficie du Japon (environ 370 000 km2) est inférieure à celle de l’État de Californie (420 000 km2). Le gouverneur de Californie est responsable de l’administration de tout l’État, alors qu’au Japon, il y a un gouverneur à la tête de chacun des 47 départements du pays. L’Archipel a certes un poids quatre fois plus important que la Californie en termes de richesse économique et de population, mais il n’a absolument pas besoin de 47 gouverneurs.

Figure 1 Comparaison entre le Japon et la Californie

Si le Japon est divisé en un aussi grand nombre de départements, c’est parce qu’en 1871, lorsque le gouvernement de Meiji a voulu se doter d’une administration moderne, il a adopté un découpage du pays en départements, calqué sur celui des fiefs mis en place par les Tokugawa. À la fin de la période d’Edo (1603-1868), le pays se composait de près de 300 fiefs. Les déplacements se faisaient essentiellement à pied et il fallait 14 jours à un messager rapide pour aller de Tokyo à Osaka. En 1871, un décret impérial a créé 70 départements et peu après leur nombre a été réduit à 47. Mais depuis cette époque, les moyens de communication et d’information ont fait des progrès considérables. Avec le Shinkansen (le TGV japonais), il faut moins de trois heures pour aller de Tokyo à Osaka. Le maintien du découpage administratif mis en place il y a plus d’un siècle n’est donc pas justifié.

Qui plus est, les régions du Japon sont suffisamment développées pour se gouverner elles-mêmes. Il faudrait les regrouper sous forme d’unités régionales plus vastes. Si l’on réunissait la région du Kansai, autour d’Osaka, et celle du Chûgoku, on obtiendrait une unité administrative plus grande que le Canada en terme de taille économique. De même, il suffirait d’assembler la région du Chûbu avec Nagoya, pour former une unité administrative qui surpasserait la Corée du Sud, et l’île de Kyûshû pourrait constituer à elle seule une entité administrative plus importante que le Danemark. (Les chiffres proviennent de la banque de données des comptes nationaux annuels de l’OCDE et sont convertis en yens sur la base d’un taux de change de 113,26 yens pour un dollar.)

Figure 2 Puissance économique respective des blocs régionaux proposés